27 mars 2009

[flash spécial] Cyclocosmia II : le sommaire !



CYCLOCOSMIA II
- totem : condylura cristata
- mots-clefs : bulle, étoile, nourriture
- dossier : José Lezama Lima



- parution : juin 2009
- 125 x 202 mm - 208 pages - 22 euros
- ISBN : 978-2-9528908-9-2


On attend désormais deux choses :
-- l'image de la couv
-- le mois de juin !

La suite sous peu (mais avec impatience)

24 mars 2009

Daniel Sada - L'Odyssée barbare : note de lecture#4

Rappel : [pourquoi/comment et note#1] [note#2][note#3]

...abruptement : maintenant !



*Première période
-Chapitre neuf :

Chapitre important tant par les événements qui s’y passent que par les révélations/éclaircissements qu’il apporte.
Ainsi, on y croise un certain Don Venulo rendant visite à Cécilia, dont il est amoureux depuis que celle-ci était célibataire (à rapprocher de la durée que représente les noces d’argent de Trinidad et son épouse). Cette scène se déroule pendant que Trinidad est parti à la recherche de ses fils (encore une nouvelle parenthèse, une mise en parallèle). Don Venulo dont on apprend la véritable nature (encore que) de la bouche même du narrateur :
« Venulo, soit dit au passage, ou à propos, où à la dérobée… banal falsificateur aux yeux de beaucoup » (p.39)

Falsificateur : mensonge, réalité déformée toujours. Mais « aux yeux de beaucoup » ne signifie pas aux yeux de tous…
Venulo, auquel Trinidad ne cesse de se référer.
Venulo qui, de son propre aveu
« ne prétends pas être un exemple, mais je reçois constamment une foule de rumeurs, des visions infaillibles, et tout cela sans sortir de chez moi » (p.41)

Rumeurs, encore.
Visions infaillibles ?
Mensonge, si l’on en croit (mais peut-on croire un falsificateur ?) toujours Venulo qui ajoute :
« analyse en détail le pour et le contre de toute affaire qui se présente, c’est comme si je la plumais et la dépeçais » (p.41)

Venulo qui se laisse aller à trop parler :
« votre mari a perdu la tête parce qu’il n’en fait pas le même usage que moi »

Et, plus fort encore :
« à présent on en arrive au point névralgique, accrochez-vous !, au fin du fin, car si l’on en croit les rumeurs logiques (…) »

Rumeurs logiques ?
Venulo trop bavard, emporté par sa fatuité ; il n’en faudra pas davantage à Cécilia pour comprendre ce qu’on se gardera bien de révéler ici, si ce n’est que la réalité qu’elle imaginait n’était que déformée. Il ne lui reste alors plus qu’à espérer
«tant bien que mal : la reconquête ? »

Outre Venulo, Cécilia reçoit une étrange – et inquiétante ? – visite dont on soupçonne qu’on en apprendra davantage plus tard…
Ce chapitre se termine sur une « obscure connexion » entre Cécilia et son époux Trinidad qui, chacun de leur côté, regardent les étoiles. L’ultime phrase du chapitre laisse, peut-être à tort, une impression de drame imminent :
« Il repartirait demain. Dormir dans une sorte de sépulcre, peut-être dans une paix sacrée, pendant un délai énigmatique. » (p.47)

[Parenthèse] : Une question surgie d'elle-même pendant la rédaction de cette note.
Venulo...comment ce nom pourrait-il être traduit ? En latin, on trouve bien trace d'un Venulus dans L'Enéide d'Ovide :
Lv. XI :
Haec effatus equum in medios, moriturus et ipse,
concitat et Venulo adversum se turbidus infert
dereptumque ab equo dextra complectitur hostem
et gremium ante suum multa vi concitus aufert.

Sur ces paroles, prêt lui aussi à mourir, il pousse son cheval dans la mêlée,
et comme une trombe va se porter au-devant de Vénulus.
Il fait tomber son ennemi de cheval, le saisit dans ses bras,
et, avec une force sans bornes, l'emporte serré contre lui.

Ce qui ne nous avance guère. D'autant plus que du côté mexicain, on n'a rien trouvé - hop ! on oublie ce moment d'égarement.
[/Parenthèse]


*Première période
-Chapitre dix :

De nouveau un flashback, de plus de trente ans cette fois-ci, qui nous présente Trinidad sous un jour nouveau : l’envers, le côté sombre de ce personnage pour lequel, au terme du chapitre précédent, on pouvait éprouver une forme de sympathie.
Ici, on en vient pratiquement à comprendre la haine des fils de Trinidad, l’animosité des gens du village envers ce menteur, flemmard…entre autres. Peut-être apprend-on ici « le détail connu encore en suspens » du chapitre six ? Ou un des détails connus encore en suspens… Quoi qu’il en soit, on peut se demander si tous les acteurs de cette « pantomime générale » sont bien ce qu’ils paraissent être.


*Première période
-Chapitre onze :

Retour au présent (encore que rien ne soit plus aléatoire que cette affirmation).
Le village semble enfin se réveiller et est en proie à une certaine agitation. Il est question d’annuler les élections
« Conséquence : l’épisode du massacre, le despotisme exagéré et répugnant » (p.55)



À l’écart de…la rumeur, Trinidad rentre de la grotte du Pied-Bot, sans ses fils, hésitant entre la satisfaction d’avoir entrepris ce périple et l’amertume de son échec.
Il sera pourtant accueilli à bras ouverts par une Cécilia transformée, dans un passage qui oscille entre sensualité…et humour. Sans vouloir, là non, plus tout dévoiler, il sera intéressant de noter l’importance d’une boite d’allumettes, écho d’une certaine allumette ayant fait défaut à Trinidad dans le désert lors des chapitres concernés.
On l’a déjà dit : l’anodin, s’il l’est sur le moment, peut devenir important plus tard…ou l’avoir été.
La fin du chapitre est un régal d’humour dont on ne peut révéler qu’une chose : si Cécilia ferme la boutique pour ne voir personne de la journée (« Maintenant c’est mon tour » p.59) et que Trinidad souhaite la même chose (« Maintenant c’est mon tour »), la motivation de ce dernier n’est pas à proprement parler…identique à celle de son épouse (un écho qui pour être proche – même introduction dans le texte – n’en demeure pas moins… éloigné)
À noter par ailleurs que l’exclamation qui clôt le chapitre, présente une certaine coïncidence avec celle qui retentissait à la fin de la célébration des noces d’argent du couple…

[Parenthèse#2] Je viens de me faire avoir dans les grandes largeurs par Daniel Sada et sa temporamoralité. Figurez-vous que la fin de la célébration des noces d’argent de Cécilia et Trinidad n’a pas encore eu lieu, au chapitre onze.
Non.
Elle ne survient en « réalité »… qu’à la fin du chapitre treize, p.71. C'est en feuilletant tout à l'heure les pages cornées des chapitres suivants, en vue de la préparation de la note#5, que je m'en suis aperçu.
Comme quoi ce bouquin est réellement obsédant, démoniaque, GÉANT ! )
[/Parenthèse#2]




Au terme de ces onze chapitres et quatre notes de lectures, maintenant qu’il est établi que rien, absolument rien n’est gratuit dans L’Odyssée barbare, ainsi que le faisait remarquer, à juste titre, Bartleby en commentaire par ici , nous allons donc pouvoir passer à la vitesse supérieure.
D’autant plus qu’il n’est pas question ici-là de disséquer/résumer/citer l’ensemble des phrases, de la chronologie, de l’histoire, des histoires, des coïncidences du livre, de la plus évidente à la plus anodine – le pourrait-on ?

Sauf imprévu : la note suivante traitera des chapitres douze à dix-huit (fin de la Première période), les suivantes devant vraisemblablement être plus espacées dans le temps.
Juste le temps…de prendre le temps de lire.


La suite sous peu. [note de lecture#5]

23 mars 2009

Daniel Sada - L'Odyssée barbare : note de lecture#3

Il y a tant à lire et dire de L’Odyssée barbare, de Daniel Sada, qu’on attaquera encore plus abruptement : maintenant !

rappel : [pourquoi/comment et note#1] [note#2]



*Première période
-Chapitre six :

Dernière phrase du chapitre cinq :
« [Trinidad] se redresse avec la lenteur d’un âne et recule perplexe, péniblement, de quelques pas seulement. »

Quelques pas seulement, pour un flash back d’autant plus surprenant qu’il est bruyant (toujours, semble-t-il, cette importance du brouhaha – voir note#2) : une plongée directe au cœur d'une fête mexicaine, très couleur locale, exubérante comme on les imagine. À croire que tout le village est là, du curé à la police, en passant par les inévitables pique-assiettes. Puis, à mesure que la fête bat son plein, apparaissent, sous l’apparente jovialité, les inévitables rivalités, ragots, magouilles, complots...rumeur [voir toujours note#2] ... mensonges... jusqu’à la haine des fils de Trinidad et Cécilia. Même pendant cette célébration de ce que l’on comprendra être leur anniversaire de mariage :



« Apparemment pas de changements… D’emblée la crise, forcément, rien d’autre, par le fait même que le détail connu était encore en suspens. » (p.29)

On commence à avoir l’habitude des points de suspension, qu’ils soient signe de ponctuation ou énoncés en toutes lettres. D’ailleurs, aussitôt :
« On va présenter autrement ce qui est resté tronqué. » (p.29)

Apparente valse hésitation délibérée de Sada, juste avant…un flashback à l’intérieur du flashback, suivi, quelques lignes plus loin, d’un nouveau changement de focale :
« Cependant, il faut prendre pied sur l’autre rive, au moins pendant un instant. Prenons la défense du père fainéant (…) » (p.31)

Et la voix off, ce narrateur/ metteur en scène sensé nous guider, nous aider à dénouer les fils de cette « vibration de sens enchevêtrés », de détailler précisément ce qui avait été esquissé au tout premier chapitre quant à l’oreille attentive que Trinidad prête aux bobards. Aux histoires. Aux mensonges (n’oublions pas le titre en VO, ni les épigraphes).



Puis : retour à la fête et au discours de Trinidad que l’assistance ne sait comment faire taire. Personne sauf… Dieu (tiens donc…) avec « une averse de grêle ponctuelle ». Si l’on se souvient bien, il y a déjà eu un autre moment au cours duquel Trinidad, impossible à faire taire, se voyait contraint au mutisme par un élément liquide (et décrit comme tel).
La scène des crachats, au chapitre deux.
L’averse de grêle en écho aux mollards ?
Fort possible.

Nota : une phrase relevée, parmi tant d’autres
« Ceux qui étaient assis se levèrent. »

Phrase à l’accent flaubertien du début de Madame Bovary ? (« Ceux qui dormaient se réveillèrent »)
Peut-être.
Peut-être pas.



*Première période
-Chapitre sept :

Retour aux fils de Trinidad, après leur…excommunication ?
« De temps à autre, Papias et Salomon se rendaient dans la funeste maison d’où ils avaient été chassés […] Sinon comme des revenants, du moins comme un couple de spectres efflanqués » (p.33)




Ce chapitre, même si sa place dans la chronologie est incertaine (peut-être une parenthèse située après le chapitre deux qui, on le sait, est quant à lui antérieur à l’arrivée des cadavres décrite dans le chapitre un – souvenons-nous de Trinidad voyant/rêvant ses fils en cadavres ; ici, nous en avons une évocation par l’emploi de « revenants » et « spectres »), est toutefois bel et bien lié à celui qui le précède par le crachat/la grêle. Sacrée association d’idées pour une gymnastique temporelle frisant le grand écart ; on admire la performance.
Mais ce n’est pas tout.
En effet, une autre phrase est intéressante :
« Et leur père était incapable de les appeler »

Cette incapacité de Trinidad déjà rencontrée lorsqu’il va/ira les chercher à la Grotte du Pied-Bot, devant laquelle il les appelle/appellera, ne les appelle/appellera pas, ou rêve/rêvera le faire aux chapitres trois et quatre. [voir note#2]

Embrouillé ?
Non. Ce que l’esprit assimile au prix d’un ou deux chapitres d’entraînement est plus difficile à expliquer par écrit.
On en tire, à ce stade, deux conclusions :
- Sada est hallucinant !
- Ce livre est GEANT !
(et une troisième conclusion : je ne suis pas le seul à le dire)


*Première période
-Chapitre huit :

Nouveau flashback, ramenant cette fois-ci six semaines avant la fête du chapitre six (tiens ?).
Ici, de longues discussions afin de convaincre tant père que fils d’accepter leurs présences mutuelles, pourrait-on dire, à la célébration des noces d’argent de Trinidad et Cécilia. Les fils finiront par y condescendre, à condition toutefois de pouvoir « dresser leur propre liste d’invités » (p.38)
On comprend mieux l’ambiance… particulière de la fête.

[le chapitre suivant, de même que les chapitres dix et onze s’avèrant particulièrement importants/denses, ils seront au centre de la note de lecture#4. Entre temps, si vous lisez, n’oubliez pas de prêter attention à ce qui est court, à l’anodin… et aux points de suspension.]

La suite sous peu. [note de lecture#4]

22 mars 2009

[flash spécial] Bio-g@rp-hie

Nous interrompons momentanément nos programmes pour un flash spécial d'information.

Depuis quelques minutes, tout ce que vous avez voulu savoir sur le g@stéropode sans oser le demander se trouve dans un coin de l'@robase str@tégique.
Mais où donc ?
Sous la photo ci-dessous, pardi !


Merci de votre attention.

A vous les studios.

La suite sous peu.

21 mars 2009

Daniel Sada - L'Odyssée barbare : note de lecture#2

[on ne reviendra ni sur le pourquoi, ni sur le comment de ces notes de lectures, tout ayant déjà été dit en introduction de la note de lecture#1 - on se contentera donc d’embrayer, toujours aussi abruptement : maintenant !]

* Première période
- Chapitre 2 :

Un chapitre nettement plus court – environ une page et demie – bien qu’essentiel ; on y reviendra.
Un chapitre qui nous saute à la figure (la diatribe de mise en garde de Trinidad à ses fils, la seule attitude politique efficace, selon lui : l’abstention. Guère surprenante de la part de l’apathique, du flemmard dont on nous a tracé – esquissé ? – le portrait au chapitre précédent) , un chapitre tel que le subissent
« les fils encore timides et timorés »(p.17)

Puis, de nouveau le même procédé, cette manière de faire le point, cette volonté de baliser le récit :
« On en était là : la voix hystérique de ce géniteur aboyant aux oreilles de ses rejetons des questions à la tonalité nettement goguenarde ; des questions mordantes, irritantes, venimeuses. »(p.17)

Un chapitre deux qui nous colle face-à-face à un Trinidad tonitruant, que rien ne semble pouvoir faire taire.
Sauf un crachat.
Puis un autre.
Que nous prenons, nous aussi, en pleine figure.
Diatribe tranchée net.
Stupéfaction.
Absence de réaction du père, ce sera donc Cécilia, la mère, qui répudiera les fils indignes.
Ce « mollard » en pleine face, curieusement ou pas, paraît contenir davantage de violence que la scène d’arrivée des cadavres, au chapitre un , pourtant nettement plus longue et sensément plus horrible. Se pourrait-il que l’horreur de la répression policière soit passée dans les mœurs, qu’elle soit subie par son côté inéluctable, par fatalité, alors que le manque de respect des enfants envers leur père, lui, ne saurait être « tolérable » ? (ceci dit avec tous les guillemets qui s’imposent)
Là, on ne peut qu’admirer la maîtrise de Sada, qui, en deux chapitres, par «
L'explication [qui vient], lentement, entrecoupée de langueurs et d’étirements (...) » (p.14)
, avec cette scène des crachats, nous fige, nous transforme en Trinidad.
Un chapitre deux pour une deuxième forme de violence, un deuxième événement déclencheur. Chronologiquement situé avant le premier. Un chapitre essentiel – on y est revenu.


*Première période
-Chapitre 3 :

D’entrée de jeu : tacle !
« Ici commence le recoupement de considérations non fondées par quelqu'un qui confond la matière du rêve avec celle de la réalité sans savoir où se situe la ligne de partage ou bien où se trouve en définitive l'absurde » (p.18)

On s’ébroue.
De qui est-il question ? De Trinidad ? Du lecteur ? Un recoupement – déjà ? – de quoi ? Des manques, creux, points de suspension des premières pages ou de ce qui y a été dévoilé ?
Et là, on se méfie : trop évident pour être honnête… Puis, à relire cet…avertissement on fronce les sourcils : recoupement de considérations non fondées, recoupement opéré par quelqu’un qui confond… sans savoir où se situe… absurde… Une autre balise ? À première vue, oui, mais une balise incertaine, trouble, mouvante, une balise qui davantage égare qu’elle ne guide.
D’ailleurs, le trouble, l’incertain, l’égaré, se déroule ensuite, chronologiquement placé après le départ de Trinidad, donc après le « etc. » du chapitre un et non après celui de ses fils, chassés par Cécilia au chapitre 2. Saut arrière, donc, pour mieux revenir après le premier chapitre qui pourtant fait suite, quant à lui, au chapitre deux – chronologie acrobatique, sauts temporels, il faudra s’y habituer ; à ce stade, on commence à se faire à cette gymnastique.
Trinidad,
« le flemmard, à la dérive, apprenti noctambule pour la première fois, mais voulant faire vite à tout prix » (p.18)
se rend donc à la grotte dans laquelle on lui a dit que ses fils, Papias et Salomon, s’étaient réfugiés (ne pas oublier que Trinidad est
« un épicier auquel ses clients viennent raconter des bobards gros comme leur désœuvrement et lui se laisse séduire tant qu'il en a le courage »
[chapitre un]). Ou semble y aller, recule, puis y parvient sans y être, appelle ses fils, les voit, ou les imagine morts, alors qu’il n’est pas arrivé à la grotte en elle-même ; cheminement erratique qui n’est pas sans certains points communs avec le parcours de la camionnette chargée de cadavres dans les rues de Remadrin (p.12). Coïncidence ?
Tout ondule, dans ce chapitre onirique, construit comme un mirage en plein désert, un mirage nocturne, une vision somnambule, dans lequel on trébuche, hésite, sait, ou croit savoir, puis ne savons plus (« considérations non fondées », on était prévenu…) jusqu’à :
« peut-être tomber vaincu par le sommeil, mais arriver, à bout de forces » (p.22)

À bout de forces.
Ici vient le chapitre quatre, comme lui aussi à bout de forces.


*Première période
-Chapitre quatre :

À bout de forces.
Une quinzaine de lignes, un changement de rythme. Et de focale.
Trinidad en
« silhouette floue, à la dérive, une ombre, une vision fugace, comme une simple conjecture. » (p.22)

« le cri choquant contre l’écho », peut-être l’écho de la voix « décomposée et extasiée » de Cécilia à la fin du chapitre un – mais peut-être aussi l’écho du haut parleur placé sur le toit de la camionnette (p.11), dans le même chapitre – dans lequel se posait la question « l’écho lui en parviendrait-il ? » (p.16) dont la réponse semblait être alors « Probablement tout fut réduit à une rumeur (…) » (p.16)
Rumeur que l’on retrouve ici-même, p.22, sous une forme à peine altérée : « le brouhaha de la résonance dure quelques minutes », renvoyant, une fois encore, non seulement à l’ultime phrase du premier chapitre mais aussi au brouhaha du tout début du roman :
« le vrombissement déchainé continuait à lui parvenir de l’extérieur (…). Ce brouhaha allait bien devoir s’apaiser, mais impossible de savoir quand » (p.9)

Quand ?
Dans les « quelques minutes » de la quinzaine de lignes du chapitre quatre ?
Reprenons cette phrase en entier :
« le brouhaha de la résonance dura quelques minutes comme un essaim affolé, et il faudrait multiplier les expédients face à un sommeil peuplé de lamentations qui ne s’éteindraient pas, quand bien même le père se réveillerait peut-être plus dispos. »

N’aurait-on pas ici le point nodal de tout le chapitre un ?
D’autant plus que la phrase suivante semble bien enfoncer le clou :
« C’était la confusion, la noirceur, la lumière derrière lui, mais aucun relent de pourriture. »

Un peu plus de 20 pages synthétisées en un peu plus d’une ligne…
Encore que l’on sait que ce « derrière lui » oscille du plus proche au plus lointain.

Conclusion : ce qui est court, dans L’Odyssée barbare, n’est pas forcément anodin. C’est alors que l’on remarque, une fois encore, que l’on était prévenu, et ce dès la deuxième phrase du chapitre :
« Reconstituée à grands traits ? c’est ce qu’il voulait. »

Oui, mais qui est « il » ? Trinidad…ou Daniel Sada ?


*Première période
-Chapitre cinq :

« Plusieurs heures ont-elles passé ? »

Ici-là, après ce qu’on vient de réaliser en davantage de lignes que n’en comporte le chapitre précédent, la très nette impression que Sada sait parfaitement ce qu’il fait, l’effet produit par sa quinzaine de lignes sur le lecteur – pour peu que ce dernier s’y soit arrêté. Alors, pour vérifier, il l’interpelle :
« Plusieurs heures ont-elles passé ? »

Point de « ici commence », de « on en était là », encore moins de « on en revient à ce qu’on sait », non, une simple question – ironique ? – comme pour savoir si l’on s’en sort, si l’on sait où l’on en est après avoir scrupuleusement suivi les indications une à une avec notre « croquis de référence », « le plus clair possible, avec des flèches dans tous les coins » (p.14), si Sada peut enfin nous laisser avancer seuls.
Sada s’amuse entre les lignes : vous avez suivi ? Parfait, on va vérifier…
« Plusieurs heures ont-elles passé ? »

Mais cette question : pour Trinidad, ou pour le lecteur ?
Et ça continue !
« Trinidad est aux aguets : s’il pouvait avancer d’un pas ferme en profanant l’obscurité, s’il avait avec lui une lampe de poche ou une modeste allumette. Il s’apitoie sur lui-même. Il a dû ralentir comme s’il voulait se refaire un peu. » (p.22)

Trinidad…ou le lecteur ?
Et ça recommence !
« Pour la première fois il s’aperçoit de l’échec retentissant de sa tentative. Ridicule échec subconscient où se conjuguent fiction et candeur ; ses rêves le trahissent-ils à leur tour, ainsi que sa mémoire ? » (p.23)

Trinidad…et le lecteur ?
Et ça n’est pas fini !
« Du même coup il lui faut au plus vite sortir de ce sordide embrouillamini, rien que par bravade. Ensuite renoncer : il fait demi-tour, tête basse, et regagne le seuil éclairé. Il avait besoin de lumière, de nouveaux encouragements. Il part lentement, tout en se bagarrant encore dans sa tête avec un tas de choses. »

On ne saurait mieux dire.
D’autant plus que, là encore, une balise :
« Il faut de toute urgence faire un point momentané, en commençant par une première évidence »

Balise…incertaine, comme d’habitude :
« Mais il s’avérait que malgré tout cette constatation était erronée, la démarche à suivre serait différente »

Plus loin, une autre balise, un indice ?
« Résumé en clair obscur, étant donné que le monde lui aussi avait tourné un peu plus et pris une légère inclinaison (…) Discrets recommencements » (p.23)

Puis le Trinidad/lecteur
« se redresse avec la lenteur d’un âne et recule perplexe, péniblement, de quelques pas seulement. »

Sauf que :
1/ aucune pénibilité dans le fait de reculer – bien au contraire.
2/ on mesurera bien vite l’ampleur de ces « quelques pas »...

Dès le chapitre six.

(on tentera, à l’avenir, des notes plus courtes – dans la mesure du possible, tant ce roman foisonne et fluctue et joue avec les différents moments du récit, tout autant qu’avec l’attention du lecteur.)

La suite sous peu. [note de lecture#3]