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3 décembre 2008

Inherent Vice - Thomas Pynchon : "A 'Retired' Caddy Hearse Greets Daybreak at a Beach Surf Shop"

Pour répondre à JDM - qui (n') hésite (plus) entre T-shirt à manches longues et tailleur talons à propos de "flatland gear" - la toile servant à ce jour de couverture à Inherent Vice, le prochain Thomas Pynchon (on précise pour les éventuels retardataires), a été débusquée par eux et eux (ou l'inverse).
La voici.

Elle se trouve sur le site Cruiser Art, créé par Zenith & Rummel(on n'invente rien).
Bien entendu, on pourra admirer (?) en situation (??) cette "A 'Retired' Caddy Hearse Greets Daybreak at a Beach Surf Shop" ici-même.
Et même se l'offrir - pour les plus malades que les plus grands malades pynchoniens (suivez mon reg@rd).

La suite sous peu.


28 novembre 2008

Inherent Vice - Thomas Pynchon : le jeu de la traduction

Depuis l'annonce officielle de la sortie en août 2009 de Inherent Vice, de Thomas Pynchon, et la publication dans le catalogue Penguin de quelques lignes du texte, deux Chums, aussi fondus des neurones l'un que l'autre, se livrent à un combat de traduction totally nuts.
D'un côté : JDM (travailleur de la nuit)
De l'autre : g@rp (ravagé du ciboulot)
Voici l'extrait à l'origine de ce titanesque duel.
Beau joueur, on n'omettra pas de signaler l'existence d'une transcription réalisée par notre éminent adversaire & ami JDM ici-même.

[premier round]
JDM ouvre d'un uppercut.
Claro que si !

[deuxième round]
g@rp réplique d'une prise pas très fair-play puisque prenant appui sur JDM, il lui place dans la foulée une bave d'esc@rgot consistant en une banale transformation de la Claro que si, que voilà :


Elle emprunta l’allée et les marches de derrière fidèle à son habitude. Doc ne l’avait pas vue depuis plus d’un an. Comme tout le monde. Ça remontait au temps des sempiternelles sandales, bas de bikini à fleurs, t-shirt fané Country Joe and the Fish. Ce soir elle était passe-partout, cheveux bien plus courts qu’il ne s’en souvenait, ressemblant exactement à ce à quoi elle avait juré ne jamais ressembler un jour.
«C’toi, Shasta ? L’emballage m’a foutu dedans pendant une minute.»
«Besoin de ton aide, Doc.»
Ils se tinrent dans la lumière de la rue qui filtrait au travers de la fenêtre de la cuisine à laquelle il n’avait jamais été vraiment vital d’accrocher des rideaux et écoutèrent le fracas du ressac remonter la colline. Certaines nuits, sous le vent, on pouvait l’entendre débouler dans toute la ville.
Pas très causants, ni l’un ni l’autre. C’était quoi le truc ? «Bref ! Tu sais que j’ai un bureau maintenant ? Une sorte de vrai travail et tout et tout ?»
«J’ai regardé dans l’annuaire, j’ai failli y aller. Et puis je me suis dit, vaudrait mieux pour tout le monde que ça ait l’air d’un rendez-vous secret.»
OK, pas de romantisme ce soir. La corvée. Mais ça pourrait être un job qui rapporte. «Quelqu’un t’a à l’œil ?»
«Viens de passer une heure sur les boulevards pour donner le change.»
«Qu’est-ce que tu dirais d’une bière ?» Il alla au frigo, tira deux cannettes d’une caisse qu’il gardait au frais, en tendit une à Shasta.
«Il y a ce type», elle avait dit.
Il y en aurait d’autres. Pas la peine de s’émouvoir. Et si on lui avait filé cinq cents à chaque fois qu’il avait entendu un client commencer comme ça, il serait à Hawaï à l’heure qu’il est, chargé jour et nuit, à creuser la vague à Waimea, ou mieux que ça, à embaucher quelqu’un pour le faire à sa place…
«Un bourge persuasif», rayonna-t-il. [Je sens une allusion à quelque chose : chanson, bouquin, mais n’ai rien trouvé. Et ce « bourge persuasif » ne me plait pas du tout]
«Dac, Doc. Il est marié.»
«Une… histoire de fric.»
Elle balança en arrière une mèche qui n’était pas là et leva les sourcils genre et alors.
Groovy avec Doc. «Et sa femme – elle est au courant pour toi ?»
Shasta acquiesça. «Mais elle voit quelqu’un aussi. Seulement, c’est pas juste le truc habituel – ces deux là mijotent une affreuse petite combine.»
«Pour se carapater avec l’argent du jules, ouais, il me semble avoir déjà entendu dire qu’un truc de c’genre s’était passé une fois ou deux du côté de L.A. Et… tu veux que je fasse quoi exactement ?» Il trouva le sac en papier dans lequel il avait ramené son dîner et s’attacha à faire semblant d’y griffonner des notes, parce que l’uniforme de la fille bien sous tout rapport, le maquillage censé ne pas faire maquillé ou Dieu sait quoi, faisait rappliquer cette fameuse vieille érection pour laquelle Shasta finissait toujours tôt ou tard par être partante. Ça ne s’arrêtera jamais, se demanda-t-il. Bien sûr que si. Ça l’a fait.




L'arbitre a dû mettre fin à ce duel gargouilleux tant les deux arsouilles n'arrêtaient pas de discuter de "money situation". De plus, le fourbe esc@rgot aurait été jusqu'à utiliser deux produits dopants :

Argot 60’s: www.cougartown.com/slang.html
Argot surfeur 60’s : www.cougartown.com/surf-slang.html

Du grand n'importe quoi. D'autant plus que les deux énergumènes ont fini par tomber d'accord sur un point :
1/ la traduction, c'est un boulot en soi
2/ nul ne peut s'improviser traducteur
(M... ! ça en fait deux !)

Mais pour le fun, que ne serait-on prêt à faire...

La suite sous peu.



24 février 2008

21022008 : l'intégrale


Dossier. La traduction littéraire, un parcours de funambule

Qu'ils se considèrent comme peseurs de mots, passeurs ou interprètes d'une partition qui n'est pas la leur, les traducteurs sont des virtuoses discrets et indispensables. Enquête.

WELCOMME Geneviève

Paru le: jeudi 21/02/2008

Discrète, accomplie dans un relatif anonymat, la traduction est une activité vitale dans le monde du livre : près d'un roman sur deux aujourd'hui vendu en librairie vient d'une langue étrangère, et l'internationalisation du marché renforce chaque année la place de la traduction. Paradoxe : le traducteur y gagne peu et reste dans l'ombre d'une édition peu soucieuse de valoriser un travail dont l'enjeu est autant économique que littéraire. Claro, écrivain - il vient de publier son onzième livre (lire ci-dessous) -, auteur de traductions remarquées (de Thomas Pynchon, Salman Rushdie, Mark Z. Danielewski...) en fait le constat : « Beaucoup d'éditeurs conçoivent l'édition étrangère comme un produit d'importation. Un livre a-t-il du succès aux États-Unis, qu'il faut de toute urgence le mettre sur le marché français. Comme s'il existait une date de péremption... Par cette précipitation, les éditeurs veulent gommer le processus de traduction. Pourquoi vouloir ainsi neutraliser un travail... qui est tout sauf neutre ? Pourquoi laisser croire que les romans étrangers nous parviennent «tels quels» alors que leur passage en langue française est le fruit d'une destruction-création ? »

« En traduisant, on fabrique de la littérature française », dit encore Claro. Baudelaire et Edgar Poe, Paul Valéry et Virgile, Philippe Jaccottet et Rilke, Yves Bonnefoy et Shakespeare... sont des rencontres exemplaires. Et s'il n'est pas nécessaire d'être écrivain pour être bon traducteur, il faut tenter, poursuit Claro « d'être l'écrivain de sa traduction ».

Aucune règle, aucun outil (en dehors d'un bon dictionnaire !) ne peut assurer ce passage au-dessus de l'abîme qu'est la traduction littéraire. « Une traversée en funambule », pour Françoise Brun qui nous transmet les textes d'auteurs italiens contemporains (Alessandro Baricco, Rosetta Loy, Stefano Benni...), « le point d'équilibre est toujours instable, il faut donc rester en mouvement. C'est par lui, la vitesse, le rythme de la phrase que le lecteur prend contact avec le texte ».

Musicien, le traducteur ? « Je travaille à l'oreille », dit Gabriel Iaculli (traducteur de Sergio Pitol, Jorge Volpi...). « Il faut que le texte sonne, ait une belle cadence », dit en écho Cécile Nelson (traductrice de Jerome Charyn). Ou encore Aline Schulman (traductrice de Cervantès) : « L'oralité d'un texte, sa musique sont essentiels, y compris dans les silences. »

Bien plus qu'un assemblage de mots à traduire, le texte est un tissu culturel qu'il faut recomposer dans toutes ses dimensions. « Il y a beaucoup de non-dits entre les mots, des ellipses, des références implicites à la culture d'un pays... » Faut-il tout combler, au risque d'alourdir ? Botter en touche par la note en bas de page ? « Pour parler de mon travail de traduction, me vient souvent l'image d'un grand entonnoir, confie Cécile Nelson, l'anglais dispose de deux fois plus de mots que le français ; c'est aussi une langue beaucoup plus plastique, plus évolutive. Mais on ne plie pas le français comme l'anglais... »

Qu'ils soient plutôt « ciblistes » (préoccupation majeure : faire passer le sens du texte auprès du lecteur-cible) ou fidèles à la langue source (préoccupation majeure : ne pas trahir la forme du texte original), les traducteurs sont tenus de maîtriser une infinité de critères. Linguistiques et culturels, certes, mais aussi sensibles. La langue du traducteur doit ouvrir sur l'émotion et les qualités sensorielles de l'oeuvre. Quand il existe, le lien personnel entre l'écrivain et son traducteur est un facteur d'enrichissement. « Rosetta Loy me confiait récemment que je suis «entrée dans sa tête» », raconte Françoise Brun. Gabriel Iaculli retient de sa connivence avec « ses » auteurs mexicains une jubilation autour de jeux de mots. Mais, paradoxalement, ajoute-t-il, « quand un auteur a une sensibilité très proche de la mienne, je le traduis sans avoir besoin de le questionner ».

Aucun dialogue possible en revanche avec les disparus dont les oeuvres sont cependant périodiquement retraduites. Le Don Quichotte de Cervantès a connu près de 80 traductions en quatre siècles (pour la seule langue française) ; la dernière en date, réalisée par un spécialiste de littérature de la Renaissance, Jean-Raymond Fanlo, paraîtra en mars 2008 (Le Livre de poche).

Toutes les traductions vieillissent, reconnaissent unanimement les traducteurs.

Toutes portent la culture et les préoccupations d'une époque mais aussi de leurs auteurs. Aline Schulman voulait redonner vie à un texte « perverti en littérarité » : « Don Quichotte n'était plus lu, il n'était plus qu'un nom commun ; mon souci fut de remettre ce texte à la portée de tous. » De son côté, Jean-Raymond Fanlo propose de revenir aux sources d'un grand roman dont on a oublié l'étonnante richesse littéraire « Don Quichotte offre tous les niveaux de langue possibles. Mais la tradition classique française l'a trop homogénéisé, trop poli. »

Une traduction ne chasse pourtant pas l'autre : toutes améliorent la connaissance d'un auteur. Ainsi en est-il pour Ulysse de Joyce, récemment retraduit sous la direction de Jacques Aubert : « Notre traduction a bénéficié d'un travail intellectuel mené depuis des années qui nous a permis de lever certaines difficultés. Par ailleurs, l'écriture de Joyce a imprégné la littérature contemporaine : on la comprend mieux aujourd'hui qu'en 1922. »

Existe-t-il des traductions définitives ? Pas plus que de parfaites. Le traducteur, ce « peseur de mots » selon Valéry Larbaud, premier traducteur d' Ulysse, « absorbé par l'équilibre des plateaux », est aussi celui qui « transfuse une part plus ou moins grande - jamais la totalité - d'un courant vital ».

*MADMAN BOVARY de Claro

Verticales, 198 p., 17 €

Si, pour certains, la littérature est un virus, elle sera pour le narrateur de Madman

Bovary un antidote. Désespéré par sa rupture avec Estée - dont le nom évoque un

cousinage avec L'Astrée, autre objet littéraire amoureux à tiroir -, il cherche l'oubli en

plongeant dans la lecture de Flaubert. Au sens propre : il se laisse aspirer, entrant

bientôt physiquement dans le texte pour en modifier l'intrigue et la structure,

devenant le double de l'auteur. Un mouvement pas si étranger au travail du

traducteur qui se réapproprie un texte avant de le recréer.

Le narrateur discute avec Gustave en Orient, écartèle la langue et l'histoire littéraire.

Volontiers érotique, voire cru, ce roman iconoclaste et échevelé prend humeurs et

corps pour matière première, au même titre que les mots qu'il malmène. Mais

Flaubert lui-même ne fit-il pas scandale autant qu'on l'accusa de dévoyer la langue ?

*Dire presque la même chose, expériences de traduction, d'Umberto Eco, traduit

de l'italien par Myriem Bouzaher, Grasset, 460 p., 22,50 €

L'ouvrage reprend en grande partie des textes de conférences données entre 1997

et 2002. Le savant italien fait un vaste tour d'horizon de toutes les difficultés liées à la

traduction. Fourmillant d'exemples puisés dans les langues européeennes, Eco

dévoile également ses choix de traducteur (de Gérard de Nerval, Raymond

Queneau...)

*Ethique et politique du traduire, d'Henri Meschonnic, Ed. Verdier, 186 p., 15 €

Traducteur de la Bible, l'auteur défend une pensée de la traduction qui s'appuie sur

une théorie du langage « comprise comme l'interaction

langage-poème-éthique-politique ». Un essai assez ardu qui insiste sur la dimension

éthique du « parler » : « Les langues ne sont pas d'abord des moyens de

communication, mais d'abord des moyens et des manières de vivre. »

21 février 2008

Tout n'est pas avouable dans une vie de traducteur

En attendant de mettre la main sur La Croix (Javel trouver, La Croix - oui oui oui, je sors) voici ce sur quoi je suis tombé.
Les traducteurs seraient-ils des E.T comme les autres ?
"Des livres, rien que des livres. Alignés sur les étagères. Empilés au sol. Entassés sur le moindre coin de table. Toutes les pièces en regorgent. A peine la place de circuler. C'est ici, dans cet appartement bourgeois du 16e arrondissement de Paris, que Pierre-Emmanuel Dauzat a installé son bureau. Ici qu'il travaille face à son ordinateur, douze à quatorze heures par jour, à lire, traduire et préfacer les livres des autres et à écrire les siens. A bientôt 50 ans, Pierre-Emmanuel Dauzat est l'un des traducteurs français les plus demandés. "Je vis dans ce luxe incroyable, pour un traducteur, de pouvoir refuser plus de propositions que je n'en accepte, avoue-t-il. Je m'arrange seulement pour avoir toujours une dizaine de livres en cours, ce qui m'assure en moyenne deux ans de travail devant moi." Depuis trente ans, le rythme ne varie guère : entre vingt et quarante pages par jour, soit environ trois cents livres au total, dont près d'un tiers traduits sous pseudonymes ("Tout n'est pas avouable dans une vie de traducteur"), sans compter des milliers d'articles."

"Polyglotte ? Pierre-Emmanuel Dauzat balaie le qualificatif d'un revers de main. Il ne parle aucune des langues qu'il traduit. "Même en anglais, je suis incapable de dire deux mots, assure-t-il."

"Sa méthode est toujours la même : allergique aux grammaires, il préfère s'"immerger" dans des dictionnaires et des livres en édition bilingue. Généralement, il ne lit pas à l'avance l'ouvrage qu'il doit traduire : "C'est indispensable pour garder une forme de spontanéité dans la traduction." Seul principe, il commence par traduire la fin : "J'ai une telle angoisse de la mort que je préfère me débarrasser de la fin dès le début", explique-t-il.
Ce "besoin vital de (s')exiler dans la langue des autres", il dit l'éprouver depuis toujours."

"Profondément "troublé" par la place grandissante accordée aujourd'hui à la parole des bourreaux, auteur d'un récent brûlot contre Les Bienveillantes, de Jonathan Littell (1), Pierre-Emmanuel Dauzat vit aujourd'hui dans l'obsession de redonner une voix à "ceux dont on a voulu nier la vie", comme Hans et Sophie Scholl, ces deux jeunes résistants allemands assassinés en 1943, dont il est en train de traduire les lettres et les carnets. Son grand projet ? Outre une histoire des contresens de traduction, dont il a déjà écrit plus de mille pages, il souhaiterait publier les "masses inimaginables" de témoignages yiddish encore inédits en français. "Traduire du yiddish est devenu mon plus grand bonheur, explique-t-il. C'est une langue qui réunit toutes les langues européennes à la fois, une langue à géométrie variable, qui change de shtetl en shtetl et n'est jamais là où on l'attend." Il s'en étonne lui-même : "Depuis que j'ai découvert le yiddish, je n'éprouve presque plus le besoin de découvrir de nouvelles langues."
(1) Holocauste ordinaire, Bayard, 186 p., 18 C (Le Monde du 7 février)."

Thomas Wieder
Article paru dans l'édition du Monde du 22.02.08.

La suite sous peu.