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10 septembre 2008

FFC les archives g@rpiennes#2 : Madman Bovary, Claro

Continuons notre exploration des archives g@rpiennes du Fric-Frac Club, pour répondre une bonne fois pour toutes aux FAQ évoquées ici.
Aujourd'hui...
Back to : [FFC mars 2008]
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4 mars 2008

Madman Bovary : le journal d'un fou

Cela étant dit, qu’est-ce que Madman Bovary ? Un journal de lecture ? un livre d’amour ? sur le désir ? à scander, hurler, partager ?

L’école des fans a gagné, aucun n’a tort, mais pas un n’a raison (je vais me faire des amis…) Il m’est d’autant plus facile de l’affirmer que j’arrive après la bataille. Armé de trois lectures successives et dans la foulée [sic] – c’est dire si ma tête palpite, mes yeux bourdonnent, mon cœur simple sample, si je bovaryse/débovaryse en rythme obsessionnel. Cela étant dit, est-ce provisoire ? Certainement pas.

Petit rappel défait.

Tout comme ses prédécesseurs, le Claro nouveau crucifie dans sa ligne de mire la même cible : le lecteur. Pas un, mais le. Que Claro traduise ou écrive (ou inclusif), il ne change nullement son fusil d’épaule, encore moins de munitions. Ce sniper fou qui tend enfin à sortir de l’ombre – on a failli attendre – prend à revers celui qui le découvre, pour ne plus le lâcher, à son corps défendant. Si j’osais : Claro, c’est de la balle ! Oui, mais de la balle dum-dum, de la balle traçante, perforatrice, à ailettes, ce que vous voulez, de la superballe qui zébulonne et marsupilamise, vous tricote les neurones en scoubidou, vous saisissez ? Pourquoi ? Parce que – c’est lui qui le dit – il lui plairait de voir l’effet physique produit par les mots, la langue, sur le lecteur. Sa cible.

Cela étant dit, quels sont les prédécesseurs ?

D’épais volumes traduits (Gass, Vollmann, Pynchon – pour ne citer que les plus récents et à venir) qu’on ascensionne par la face Nord pour, une fois parvenu au sommet, regretter de l’avoir atteint – quand c’est bon, c’est toujours trop court – et de fines lames aiguisées à souhait (Chair électrique, Bunker Anatomie, Black Box Beatles et vers la grâce) dont la brûlure marque d’autant plus celui qui s’y frotte qu’elle est insidieuse. Autant dire que Claro est une armée à lui seul : artillerie lourde et arme de poing, pavé et cocktail molotov.

Cela étant dit, que de violence dans mon propos !

Justement.

L’amour, le désir, scander, hurler, la passion, l’ivresse, Flaubert, Emma, l’arsenic, Estée, les mots, la langue – on croise même Artaud : violence. Pour la bonne cause, et rien d’autre. Pour secouer les cocotiers abritant le hamac dans lequel roupille et ronronne et s’autofictionne et s’autocongratule notre belle langue françouêze qui, partant, s’enferme, s’endort, se perd, se pantouflarde, se nombrilise, son passé de « belles lettres » claquant mollement au vent.

Avec Madman Bovary, c’est précisément cet étendard sanglant – car il l’est – du passé que Claro chipe en gamin malicieux tirant et tordant la langue pour mieux l’élever. Un passé non pas dépassé, mais bel et bien…innovant. Un passé présent dans lequel on oublie trop souvent de s’immerger. Claro est tombé dans la marmite bovaryque étant petit, en a bu chaque goutte, l’a roulée en bouche. Et c’est en digne sommelier qu’aujourd’hui il crache.

Cela étant dit, que raconte Madman Bovary ?

Ah oui : l’histoire

Largué par Estée (encore que… on y reviendra) un quidam anonyme mais qu’il est (trop) aisé d’imaginer quasi autobiographique plonge dans une énième (re)lecture de Madame Bovary – comme il arrive (arrivait ?) à certains amants éconduits de se jeter dans la Seine – cherche à s’y noyer tout autant qu’à couler S.T.

Ce qui se produit alors est inéluctable : Bovary investit autant celui qui en devient Madman que ce dernier phagocyte Madame, découvre, redécouvre, aime, pervertit Emma et Flaubert au rythme ondulatoire/copulatoire de chapitres tout en montées et descentes : Passion, Ivresse, Félicité… Il s’agit donc bien d’un livre d’amour, d’un roman sur le désir (Pedro et Antonio : ten points !)

Pourtant, à bien y regarder, c’est de lecture dont il est question « ici-là » – espace temps superbement analysé par Pedro – : journal de lecture, donc (Fausto : ten points !). D’amour d’un livre, d’un auteur, de désir de lire, et comme il s’agit de Flaubert dont on ignore rien du gueuloir, un livre à scander, hurler (Lazare : ten points, ce qui met tout le monde à égalité, cf supra.) En ce sens, la langue de Claro rend davantage hommage à G.F qu’elle ne le parodie ou le pastiche, démontrant furieusement combien Flaubert innovait et reste de ce fait actuel. Comme quoi « classique » ne signifie pas « dépassé », qu’on retienne la leçon !

Cela étant dit, au même titre que « vers la grâce » n’était pas tant un précis de traduction qu’un précieux journal de l’écriture, Madman Bovary n’est-il pas le journal de la lecture, du rapport amoureux au texte ?

Rapport fragile :

Poisson hameçonné, donc, mais pas encore arraché à la flaque bavarde, je sais combien ma lecture est fragile. Les mots n’ont pas encore trouvé leurs racines, le phrasé demeure branlant comme une dent sous le clavier, je dois fermer des yeux que je serais incapable d’écarquiller pour mieux voir les limites de l’écran qu’interpose la lecture.

Si je passe d’un groupe de lettres à l’autre sans volonté de ricochet, si j’enjambe des relatives ou piétine des incises, je sais ce qui se passera. Le crabe du regret refermera ses pinces sur mes couilles et adieu ivresse.

Incroyable :

Ce n’est pas un hasard. Il existe bel et bien des formules magiques, de curieux saucissons syllabiques que l’esprit débite sans même y penser. La faim s’invente à mesure.

Gratifiant :

Au début, les lignes restent empilées les unes au-dessus des autres, puis des rigoles apparaissent, des fêlures blanches qui redonnent peu à peu un semblant de vie au rectangle noir. Enfin secs, mes yeux reconnaissent l’aberrante géographie de l’alphabet et il m ‘est donné de lire une phrase (…)

Permanent :

Acquérir de la vitesse, tout est là. Laisser le vent familier du roman vous caresser les mèches, tandis que vos yeux bovins laissent filer l’indolente loco. Tout un art. Méthode, donc.

Passionné :

Et voilà que la simple conscience de ce point-virgule arrivant après ce « rasseoir » auquel j’aspirais de toutes mes faiblesses, voilà que ce point-virgule, ce point-là sur cette virgule-là, cette tête-ci sur ce corps-ci qui se courbe pour mieux tomber, voilà que ma dernière volonté m’hameçonne et me tire hors de l’eau d’oubli.

Je connais la suite. Comme si je l’avais déglutie et digérée, recrachée, cachée, puis oubliée. Le Proviseur va s’adresser à Monsieur Roger, à demi-voix – pas en murmurant, ou en baissant le ton, ou en détachant les syllabes, non : à demi-voix – et lui présenter l’élève qu’il vient d’introduire dans la salle de classe, mais aussi dans le Livre, mais aussi : dans ma tête.

On s’aperçoit là que Fausto ne dit pas autre chose, sauf que s’il s’agit dans le cas précis de Madman Bovary de la relecture – sans réécriture ; sinon fragmentaire, en acte d’amour – d’un texte d’exception, rien n’empêche de généraliser la règle, de l’étendre à toute lecture. La suite dépend bien entendu de l’auteur…et du lecteur. De la capacité…d’abandon de ce dernier.

Cela étant dit, revenons à qui abandonne qui.

Y’a-t-il rupture d’Estée, ou la dissolution du Madman dans la lecture, le Livre, le conduit-elle à ignorer S.T qui alors se lamente :

Quand tu es comme ça, on ne te voit plus.

C’est à se demander si tu es là.

Cela étant dit, une fois l’ultime mot englouti :

Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva, comme surpris dans son travail.

Ceux qui ne dormaient pas, ceux-là, qu’ont-ils fait ?

Ils se sont appropriés le texte et n’ont jamais cessé de lire.



Question subsidiaire :

Cela étant dit, qui est donc Estée ? Le participe flaubertien du verbe être, féminisé ?

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Madman Bovary - claro - Verticales

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Bien entendu#2, les commentaires éventuels, consécutifs à ce 1er papier tapé en tremblotant, sont restés là-bas.

La suite sous peu.

29 février 2008

24 février 2008

21022008 : l'intégrale


Dossier. La traduction littéraire, un parcours de funambule

Qu'ils se considèrent comme peseurs de mots, passeurs ou interprètes d'une partition qui n'est pas la leur, les traducteurs sont des virtuoses discrets et indispensables. Enquête.

WELCOMME Geneviève

Paru le: jeudi 21/02/2008

Discrète, accomplie dans un relatif anonymat, la traduction est une activité vitale dans le monde du livre : près d'un roman sur deux aujourd'hui vendu en librairie vient d'une langue étrangère, et l'internationalisation du marché renforce chaque année la place de la traduction. Paradoxe : le traducteur y gagne peu et reste dans l'ombre d'une édition peu soucieuse de valoriser un travail dont l'enjeu est autant économique que littéraire. Claro, écrivain - il vient de publier son onzième livre (lire ci-dessous) -, auteur de traductions remarquées (de Thomas Pynchon, Salman Rushdie, Mark Z. Danielewski...) en fait le constat : « Beaucoup d'éditeurs conçoivent l'édition étrangère comme un produit d'importation. Un livre a-t-il du succès aux États-Unis, qu'il faut de toute urgence le mettre sur le marché français. Comme s'il existait une date de péremption... Par cette précipitation, les éditeurs veulent gommer le processus de traduction. Pourquoi vouloir ainsi neutraliser un travail... qui est tout sauf neutre ? Pourquoi laisser croire que les romans étrangers nous parviennent «tels quels» alors que leur passage en langue française est le fruit d'une destruction-création ? »

« En traduisant, on fabrique de la littérature française », dit encore Claro. Baudelaire et Edgar Poe, Paul Valéry et Virgile, Philippe Jaccottet et Rilke, Yves Bonnefoy et Shakespeare... sont des rencontres exemplaires. Et s'il n'est pas nécessaire d'être écrivain pour être bon traducteur, il faut tenter, poursuit Claro « d'être l'écrivain de sa traduction ».

Aucune règle, aucun outil (en dehors d'un bon dictionnaire !) ne peut assurer ce passage au-dessus de l'abîme qu'est la traduction littéraire. « Une traversée en funambule », pour Françoise Brun qui nous transmet les textes d'auteurs italiens contemporains (Alessandro Baricco, Rosetta Loy, Stefano Benni...), « le point d'équilibre est toujours instable, il faut donc rester en mouvement. C'est par lui, la vitesse, le rythme de la phrase que le lecteur prend contact avec le texte ».

Musicien, le traducteur ? « Je travaille à l'oreille », dit Gabriel Iaculli (traducteur de Sergio Pitol, Jorge Volpi...). « Il faut que le texte sonne, ait une belle cadence », dit en écho Cécile Nelson (traductrice de Jerome Charyn). Ou encore Aline Schulman (traductrice de Cervantès) : « L'oralité d'un texte, sa musique sont essentiels, y compris dans les silences. »

Bien plus qu'un assemblage de mots à traduire, le texte est un tissu culturel qu'il faut recomposer dans toutes ses dimensions. « Il y a beaucoup de non-dits entre les mots, des ellipses, des références implicites à la culture d'un pays... » Faut-il tout combler, au risque d'alourdir ? Botter en touche par la note en bas de page ? « Pour parler de mon travail de traduction, me vient souvent l'image d'un grand entonnoir, confie Cécile Nelson, l'anglais dispose de deux fois plus de mots que le français ; c'est aussi une langue beaucoup plus plastique, plus évolutive. Mais on ne plie pas le français comme l'anglais... »

Qu'ils soient plutôt « ciblistes » (préoccupation majeure : faire passer le sens du texte auprès du lecteur-cible) ou fidèles à la langue source (préoccupation majeure : ne pas trahir la forme du texte original), les traducteurs sont tenus de maîtriser une infinité de critères. Linguistiques et culturels, certes, mais aussi sensibles. La langue du traducteur doit ouvrir sur l'émotion et les qualités sensorielles de l'oeuvre. Quand il existe, le lien personnel entre l'écrivain et son traducteur est un facteur d'enrichissement. « Rosetta Loy me confiait récemment que je suis «entrée dans sa tête» », raconte Françoise Brun. Gabriel Iaculli retient de sa connivence avec « ses » auteurs mexicains une jubilation autour de jeux de mots. Mais, paradoxalement, ajoute-t-il, « quand un auteur a une sensibilité très proche de la mienne, je le traduis sans avoir besoin de le questionner ».

Aucun dialogue possible en revanche avec les disparus dont les oeuvres sont cependant périodiquement retraduites. Le Don Quichotte de Cervantès a connu près de 80 traductions en quatre siècles (pour la seule langue française) ; la dernière en date, réalisée par un spécialiste de littérature de la Renaissance, Jean-Raymond Fanlo, paraîtra en mars 2008 (Le Livre de poche).

Toutes les traductions vieillissent, reconnaissent unanimement les traducteurs.

Toutes portent la culture et les préoccupations d'une époque mais aussi de leurs auteurs. Aline Schulman voulait redonner vie à un texte « perverti en littérarité » : « Don Quichotte n'était plus lu, il n'était plus qu'un nom commun ; mon souci fut de remettre ce texte à la portée de tous. » De son côté, Jean-Raymond Fanlo propose de revenir aux sources d'un grand roman dont on a oublié l'étonnante richesse littéraire « Don Quichotte offre tous les niveaux de langue possibles. Mais la tradition classique française l'a trop homogénéisé, trop poli. »

Une traduction ne chasse pourtant pas l'autre : toutes améliorent la connaissance d'un auteur. Ainsi en est-il pour Ulysse de Joyce, récemment retraduit sous la direction de Jacques Aubert : « Notre traduction a bénéficié d'un travail intellectuel mené depuis des années qui nous a permis de lever certaines difficultés. Par ailleurs, l'écriture de Joyce a imprégné la littérature contemporaine : on la comprend mieux aujourd'hui qu'en 1922. »

Existe-t-il des traductions définitives ? Pas plus que de parfaites. Le traducteur, ce « peseur de mots » selon Valéry Larbaud, premier traducteur d' Ulysse, « absorbé par l'équilibre des plateaux », est aussi celui qui « transfuse une part plus ou moins grande - jamais la totalité - d'un courant vital ».

*MADMAN BOVARY de Claro

Verticales, 198 p., 17 €

Si, pour certains, la littérature est un virus, elle sera pour le narrateur de Madman

Bovary un antidote. Désespéré par sa rupture avec Estée - dont le nom évoque un

cousinage avec L'Astrée, autre objet littéraire amoureux à tiroir -, il cherche l'oubli en

plongeant dans la lecture de Flaubert. Au sens propre : il se laisse aspirer, entrant

bientôt physiquement dans le texte pour en modifier l'intrigue et la structure,

devenant le double de l'auteur. Un mouvement pas si étranger au travail du

traducteur qui se réapproprie un texte avant de le recréer.

Le narrateur discute avec Gustave en Orient, écartèle la langue et l'histoire littéraire.

Volontiers érotique, voire cru, ce roman iconoclaste et échevelé prend humeurs et

corps pour matière première, au même titre que les mots qu'il malmène. Mais

Flaubert lui-même ne fit-il pas scandale autant qu'on l'accusa de dévoyer la langue ?

*Dire presque la même chose, expériences de traduction, d'Umberto Eco, traduit

de l'italien par Myriem Bouzaher, Grasset, 460 p., 22,50 €

L'ouvrage reprend en grande partie des textes de conférences données entre 1997

et 2002. Le savant italien fait un vaste tour d'horizon de toutes les difficultés liées à la

traduction. Fourmillant d'exemples puisés dans les langues européeennes, Eco

dévoile également ses choix de traducteur (de Gérard de Nerval, Raymond

Queneau...)

*Ethique et politique du traduire, d'Henri Meschonnic, Ed. Verdier, 186 p., 15 €

Traducteur de la Bible, l'auteur défend une pensée de la traduction qui s'appuie sur

une théorie du langage « comprise comme l'interaction

langage-poème-éthique-politique ». Un essai assez ardu qui insiste sur la dimension

éthique du « parler » : « Les langues ne sont pas d'abord des moyens de

communication, mais d'abord des moyens et des manières de vivre. »

6 février 2008

Craignons le pire



On en tremble.
On craint le pire.

L'Académie veut rajeunir ses troupes !

Mais quand on lit ce qui suit dans Le Monde du jour (ne pas confondre avec un éventuel titre de Pynchon) :




"L'Académie française épouse son temps, mais avec cinquante ans de retard", résume Jean-Marie Rouart. Elle a refusé Balzac : "Le roman a été le grand genre du XIXe, et l'Académie l'a raté, résume Pierre Nora. Zola allait se représenter pour la dix-neuvième fois quand il a choisi de défendre Dreyfus : entre deux immortalités, il a choisi la bonne."

Aujourd'hui, en revanche, les candidats manquent. Après Philippe Sollers, Patrick Modiano, J.M.G. Le Clézio, qui font la sourde oreille, l'Académie ne cesse d'enregistrer de nouveaux refus. Récemment relancées, les historiennes Elisabeth Badinter et Mona Ozouf ont décliné.

Pas grave, disent certains, qui chérissent les CV plus universitaires, comme celui, irréprochable, de Michael Edwards, défendu par l'helléniste Jacqueline de Romilly. "C'est ainsi : la crise de l'Académie française reflète celle des élites. En France, on manque de talents", soupire Pierre Nora. La bataille, du coup, oppose "l'école de la littérature" à celle de "l'honorabilité". La première se remet difficilement de l'échec, en octobre, de la romancière Danielle Sallenave. "Un complot", avait lancé alors, sous le coup de l'émotion, la romancière Florence Delay.

Le 7 février, les amis des romanciers batailleront à nouveau. "Je défends les petits écrivains, les moyens, les très grands : j'ai toujours peur de rater Baudelaire", affirme encore Jean-Marie Rouart. "L'Académie ne doit pas devenir une annexe du Collège de France", ajoute l'avocat Jean-Denis Bredin. Des jeunes romanciers - quinquagénaires -, souvent issus du Figaro littéraire, sont sur les rangs : Didier van Cauwelaert, Eric Neuhoff, François Sureau, voire Marc Lambron... Pour rajeunir son institution, Hélène Carrère-d'Encausse n'exclut rien ni personne : "Nous avons donné le grand prix de l'Académie française à Amélie Nothomb. C'est un petit signal amical qu'elle a très bien compris."

Nous aussi.
Donc.
On tremble.
On craint le pire.
C'est pourquoi :
J'accuse !

D'ailleurs, pendant qu'eux batailleront, nous, on lira Madman Bovary.

La suite sous peu.

30 janvier 2008

A la demande générale...

...de Manu, autre Madman disjoncté, ZE extrait officiel from Verticales :

ISBN : 978-2-07-011995-0
Nb de pages : 208
Prix : 17.00 euros
Extrait :


C’est à se demander si je suis mort.
Mes yeux ne voient plus que mes yeux, deux trous où s’entassent des braises. La fièvre joue de ces tours… L’instant d’avant : Estée, puis plus rien.
Il est cinq heures du matin et déjà mon corps semble furieux contre lui-même. Je ne suis plus que tendons. Le sang dans mes veines fait presque du bruit. Je suis la proie d’une étrange nausée, comme si toute la mélasse extérieure voulait entrer en moi, par la bouche, les narines, les oreilles, le pli du cul. Ma volonté se contracte par intermittences, de l’eau goutte quelque part à l’autre bout du monde. Estée. Je devrais me lever, dresser en moi tout ce qui rêvait naguère de verticalité, sortir de mes gonds, oui, c’est cela, arracher le battant de mon inanité à ses derniers gonds. Mais l’ampoule morte suspendue au-dessus de mon lit en sait plus que moi. Je ne suis pas prêt.
Un geste et aussitôt la radio m’apprend tout ce que je veux savoir : flore, faune, climat, petits métiers oubliés, rancœurs, vengeances, le sel versé sur les plaies volubiles, un accident ici et là et un peu partout l’inexorable concentration des camps. La douche me répète toutes ces vérités à sa façon diffuse et toutes mes peaux mortes disparaissent dans le trou du bac sans que j’en conçoive de l’affliction.
Une chanson grave son sillon dans ma tête et je suis sa volute jusqu’à son point d’évanescence, dans lequel elle s’engouffre avec un sifflement suraigu. Ce n’est pas que la fièvre, il y a autre chose, j’ai dû glisser, me rompre. Estée.
Je m’imagine orage, épluchure, bassin d’épuration, rien n’y fait. Du sable coule le long de mes jambes au demeurant inertes. Une odeur d’étable. Je m’empare d’un chiffon, d’une chaussette, l’enfonce dans ma bouche, je cris, une sensation de bonheur à rebours me plie en deux.

Estée me disait : Quand tu es comme ça, on ne te voit plus.

La suite sous peu.

29 janvier 2008

On (libert)Air

Place Aux Fous !
sur Radio Libertaire
89.4 FM - tous les vendredis,

Le 1er février 2008, de 13h00 / 14h30

Olivier Pascault, Valentin Schaepelynck et Charlotte Hess reçoivent :
Claro, écrivain / traducteur,
à l'occasion de la sortie le 7 février aux éditions Verticales de son nouveau roman,
"Madman Bovary".

Nous évoquerons , avec celui qui fait vivre dans notre langue les romans
de Mark. Z. Danielewski ("La Maison des feuilles", "O Révolutions"),
de William H. Gass ("Le Tunnel"), de William T. Vollmann ("Les fusils"), mais aussi de Salman Rushdie
et de bien d'autres,
son travail d'écrivain (citons notamment, déjà parus : "Ezzelina", "Insula Batavorum", "Eloge de la vache folle",
"Livre XIX", "Tout son sang brûlant", "Chair électrique", "Bunker
anatomie"...) comme son aventure de traduction/trahison assumée, menée
au Cherche-Midi dans la collection qu'il co-dirige avec Hofmarcher,
nommée "Lot 49" en hommage au chef d'oeuvre de Pynchon, et qui se donne
pour but de débusquer dans la fiction américaine d'aujourd'hui les
auteurs "qui bouleversent la donne du langage et l'équilibre
chimiquement instable de la narration".

écoute en direct : http://radio-libertaire.org:8080/radiolib.m3u

écoute en différé (lien valide 1 semaine) :
http://backup.radio-libertaire.org - (onglet vendredi, puis onglet
place_aux_fous)

25 janvier 2008

g@rp's Copy Paste Inc is back !

En tripatoufarfouillant dans les clusters défragmentés de mon disque dur, voici :

[extraits]

[1]

Il s’agit, je le sais, ne le sais que trop, d’une de ces coiffures d’ordre composite, tout comme moi, qui suis, plus que jamais, super- extra- hyper-composite, fait d’un peu de papa d’un peu de chapska d’un peu de bonnet à poil d’un peu de maman aussi, les deux mêlés et enlacés pour mieux me chapeauter, et faire de moi un chapeau rond, un avorton, une casquette de loutre, un jean-foutre, un bonnet de coton, bref, rappelez-vous, une de ces pauvres choses dont la laideur muette dit assez l’imbécillité générationnelle qui en accoucha – et j’en veux soudain au nouveau de m’offrir, sous les espèces de son couvre-chef charbovarien, la recette à la fois chimique et psychique de mon être en sempiternelle décomposition, car je suis moi aussi ovoïde et renflé de baleines, molletonné de boudins circulaires, finissant en sac ou en polygone cartonné, je ne sais, ou plutôt si je sais, mais ce brevet d’arlequin définit assez bien la pathétique invention qu’est ma petite personne broyée et mitonné à la sauce Croisset.
La casquette de Charles B., que j’ai si souvent autopsiée en pensée sans jamais osé m’en coiffer, me sourit maintenant à même la surface du reflet où mon visage refuse de se noyer. Je pourrais, si je voulais – et le vouloir est facile… – en rester là, rester là, dans ces losanges de velours et de poil de lapin, mémoire de lapin écorché moi-même, géométrie soyeuse mais parfaitement crétine, avec pour seule âme ou ambition, au bout d’un long cordon trop mince qu’aucun courant électrique ne relie plus à la matrice honnie, un petit croisillon de fils d’or en manière de gland, bref, devenir cette effroyable matrice, cette évidence aussi vaine qu’utérine que vient couronner le pompon odieusement doré de moi.
Mais : Levez-vous dit le Professeur. Il se leva : sa casquette tomba.

[87]

Comme en toutes choses, il doit bien y avoir des failles, des interstices laissés à dessein par le maître d’œuvre, causés soit par l’ébranlement intempestif de la structure soit par la lassitude des parties. La substance peut pérorer, les attributs jouer les petits coqs, on peut supposer des accidents, accrochés aux événements comme des rubans piégés. Certes, le tout est fini, ses prémisses ont fusionné avec son dénouement au prix d’une torsion insensée de toutes les molécules naguère éparses, volages, dont il a fallu mater les caprices au coup par coup. (Le 8 mai, Flaubert est terrassé par une hémorragie cérébrale et meurt en quelques heures. Le 12 décembre, il naît à Rouen. La roue tourne, le paon pâlit.) Mais aussi soudées que soient les jointures grâce auxquelles s’agitent, joyeux, les membres ; aussi cadenassé soit le coffre qui ne s’ouvre qu’à intervalles réguliers, tel un clapet servant dans le duodénum à réguler les gaz, et aussi bien disposés que soient, sur l’étal du joaillier, ces rivières de diamants aux reflets de tripes, il y a toujours, au moment où la famille se met à table pour la énième fois, ce léger tremblement de la vitrine à bibelots, ce frisson qui fait courir le verre de cristal sur sa tablette de marbre – ainsi s’annonce le séisme, en parole déplacée, puis : un silence, une bulle de sang dans l’air qu’on n’ose inhaler, puis :: le fracas de tant d’évidences, une pulvérisation d’horreurs, du hachis bavard. (Le 6 mars, visite à la courtisane Kutchiuk-Hânem.) Comme en toutes choses, il doit bien y avoir un moment qui n’en peut plus, n’en veut plus, ne sait plus lire la partition. Ce qu’Estée appelait l’heure de trop, quand, après avoir testé la résistance du temps supposé aussi élastique que l’intestin grêle dont la longueur peut aller jusqu’à sept mètres, sachant que la partie proximale qui en constitue les deux cinquième s’appelle le jéjunum et que ce mot lentement dérivé du latin signifie vide, d’où sa puissance d’allongement accompagné d’une sensation de bien-être illusoire, il est vrai, mais ô combien agréable jusqu’à ce qu’on sente quelque chose craquer, jusqu’à ce que, après avoir testé la résilience de la dernière seconde de possible bonheur, Estée annonce que non, l’heure entamée ne serait pas comptée. (Il voit souvent Léonie Brainne, jeune veuve dont il est très épris.) Il existerait, selon les anciens, deux façons de se faufiler dans la fêlure. L’une consiste à faire le lézard sur la pierre, en attendant que le motif par soi incarné infuse le grain sourd, l’invitant à quelque fatal mimétisme. (En juin 61, il fait le serment de ne plus quitter Croisset avant d’avoir achevé son roman.) L’autre consiste à courir comme un fou, en hurlant son nom, en bousculant, en principe ça marche, mais pas toujours. Partez ! dit Emma. C’est se moquer, je vous chasse.
[/extraits]

NB:
a/Le [1] se retrouve aisément ailleurs qu'ici.
b/Pas le [87], sauf à savoir où et quand il fut...
c/ Si ça gène, je supprime ce post. Of course !

L'appelera-t-on encore Le Fêlé ?

On peut se poser la question.
Parce que Madman Bovary.
Le 7 février.
Parce que signature le 14 février aux Champs (que ceux qui s'y rendent, fassent chauffer de ma part la bière à l'oignon et la tête de veau !)
Ouaip, on peut se poser la question.
Déjà que Fool on the hill avec Black Box Beatles, le Traduttore Fêlé du Only Revolutions de Danielewski vire au Madman.
On ne lui a pas encore posé la question.
La preuve.
Alors, Claro : Fool, Fêlé, Madman, les trois ?
Là est la question.


La suite sous peu.
(après avoir violenté la bonne résolution #6 de cette nouvelle année)

15 septembre 2007

[Interlude#2] Méduse arrachée - titre provisoire

Puisqu'un certain Traduttore (cf O Révolutions - Hailey 209) ne s'en souvenait pas.
Quelques joyeux souvenirs internautes.
En images.
Du temps où "bunker anatomie" s'appelait encore "méduse arrachée".
Puis Houdini devint Translator.

[/Interlude#2]

La suite sous peu.