17 septembre 2013

Saigner sur les bords

On l'attendait.
Le voici.
Disponible depuis aujourd'hui-là-maintenant.
Le voilà :
Et maintenant, ça va saigner sur les bords : on plonge - non sans une pensée émue pour Nicolas Richard qui, je cite un certain clavier cannibale, est l'homme qui sue actuellement sangs et os sur la traduction du dernier Pynchon, Bleeding Edge.

La suite sous peu.

17 février 2012

avant que le nouveau vieil homme ne tombe à la mer

Faites passer, avant que cela disparaisse une fois encore :

déniché ici : http://blog.epagine.fr/index.php/2012/02/hemingway-le-vieil-homme-et-la-mer-nouvelle-traduction/

16 février 2012

Hemingway | Le vieil homme et la mer | nouvelle traduction

Note du 17 février 2012 : Contrairement à ce que j’écrivais hier, ce titre ne peut plus être téléchargé pour l’instant, ni sur ePagine, ni sur les sites des libraires partenaires, les éditions Gallimard venant brutalement de demander à publie.net « de retirer cet ouvrage de la vente, dont la publication et la commercialisation constituent un acte de contrefaçon » ainsi qu’à tous les diffuseurs « de procéder à son retrait immédiat » de leur plateforme (cf. le billet de François Bon sur le tiers livre).
L’équipe technique d’ePagine a reçu cette lettre. Pas moi, ce qui m’a d’abord étonné (étant dans cette liste de diffusion). Plus tard j’ai reçu un courriel où il était notamment question de ce billet. Alors j’ai compris pourquoi je n’avais pas été destinataire de la première lettre. Mais je ne parlerai pas de ça ici. Je m’exprimerai sur mon propre blog, plus tard.
Pour l’instant, comme personne ne m’a encore demandé de « procéder au retrait immédiat » de ce billet avec extrait de la traduction du vieil homme et la mer par François Bon, je le laisserai en ligne. En soutien à tous les passeurs de textes, de savoir et d’émotions.
Je signale aussi à tous ceux qui ne connaîtraient pas et souhaiteraient découvrir ce que propose cette maison d’édition numérique d’aller jeter à œil à son catalogue exigeant (vous pouvez aussi visiter ce blog qui a chroniqué nombre de ses titres mis en ligne depuis 3 ans). Vous y trouverez là des écrivains classiques mais surtout des auteurs d’aujourd’hui. Vous y lirez de la poésie, des fictions, des polars, de la SF, des essais. Il n’y aura pas plus beau soutien (et agréable qui plus est) à cette maison d’édition (qui est une coopérative d’auteurs) passionnée par la diffusion de toutes les formes d’écritures, les langues singulières, les voix et les idées. Ce qui s’écrit là est notre mémoire de demain, la mémoire des hommes, la mémoire et la mer (« La marée, je l’ai dans le cœur/ Qui me remonte comme un signe »).

Après Lovecraft, Melville et Kafka, un autre grand auteur du XXe siècle, Hemingway, vient de rejoindre le répertoire numérique de publie.net en bénéficiant lui aussi d’une nouvelle traduction. Si le Bartleby de Melville (cf. billet du 27 juillet 2011) et les histoires terrifiantes de Lovecraft sont traduites par Ruth Szafranski (cf. également ses récentes traductions de Dashiell Hammett), si les 57 récits brefs de Kafka (cf. billet du 6 février dernier) sont traduits par Laurent Margantin, Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway, lui, a été travaillé au plus près par François Bon. Voici d’ailleurs ce qu’il en dit : « Traduire c’est reprendre un texte comme du gravier, lentement. Par rapport aux autres textes d’Hemingway, presque un travail de statuaire : si peu de mots, et le tournoiement de leurs répétitions, des didascalies qui détourent les phrases comme un vitrail. Le jeu précis de miroitements entre les paroles que le vieil homme dit à haute voix pour le ciel, le poisson ou lui-même, et son monologue intérieur. Le travail comme sur du marbre entre homme et animal, et l’égalité terrible devant mort et destin. L’énorme défi de ce texte, c’est comment l’universel tient à ce rythme, et ce concret. Puis la violence de la fable, l’émergence crue de beauté qui en est le complément nécessaire, presque incestueux. »
Cette nouvelle traduction du vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway mise en ligne par publie.net peut être téléchargée sur toutes les plateformes de ventes de livres numériques, ePagine et ses libraires partenairesinclus (multi-formats dont ePub, marquage sans DRM, 2.99€).
Et tout de suite un long extrait qui rappellera bien des choses à tous les amateurs de ce monument de la littérature mondiale qui est aussi le dernier texte connu écrit par Hemingway avant son suicide en 1961.
ChG
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Extrait du vieil homme et la mer
« (…)
Juste avant la nuit, alors qu’ils passaient une grande île de sargasses qui se soulevaient et balançaient dans la lumière de la mer comme si l’océan faisait l’amour avec quelque chose qui se cachait sous une couverture jaune, un dauphin attrapa la ligne arrière. Il le vit tout d’abord quand il sauta en l’air, tout doré dans la dernière lumière du soleil, battant violemment dans son saut. Il sauta de nouveau et de nouveau, des sauts que la peur rendait acrobatiques, et il l’amena jusqu’à sa poupe, accroupi, tout en retenant la grande ligne de sa main et du bras droits, ramenant le dauphin de sa main gauche, retenant la ligne chaque brasse de son pied nu. Quand le poisson fut à toucher le canot, plongeant et se hérissant de tous les côtés par désespoir, le vieux se pencha sur le plat-bord, et souleva le poisson d’or poli avec ses taches mauves par-dessus la poupe. Ses mâchoires battaient convulsivement dans des morsures rapides contre l’hameçon, et il battait le fond du bateau de son long corps plat, de la queue et de la tête, jusqu’aux coups de gourdin sur la tête brillante et dorée qui le laissaient tressaillant, mais inerte.
Le vieux décrocha le poisson, remit un appât sur sa ligne avec une autre sardine et la remit à la traîne. Puis il revint laborieusement à la proue. Il lava sa main gauche et l’essuya sur son pantalon. Puis il passa la grande ligne de sa main droite à sa main gauche et lava sa main droite dans la mer tout en regardant le ciel plonger dans l’océan, et surveillant l’inclinaison de la ligne.
– Elle n’a pas changé du tout, dit-il. Mais suivant le mouvement de l’eau le long de sa main, il remarqua qu’ils avaient encore ralenti.
– Si je laisse les deux avirons à la traîne, ça devrait le ralentir encore pour cette nuit, dit-il. Il est bon pour la nuit et moi aussi.
Ce serait mieux de dépecer le dauphin un peu plus tard, pour que le sang reste dans la viande, pensa-t-il. Je peux faire ça dans un moment, quand je mettrai mes avirons à la traîne. C’est mieux de laisser le poisson tranquille maintenant, et de ne pas trop le déranger au crépuscule. Le coucher du soleil est un moment difficile pour tous les poissons.
Il sécha sa main droite dans l’air du soir, puis assura de nouveau sa prise sur la ligne et s’arrangea comme il put, se débrouillant pour s’allonger contre le plat-bord pour que le bateau ait sa part de la traction, et partage avec lui.
J’apprends comment le faire, pensa-t-il. Enfin, cette partie-là. Puis se souvint qu’il n’avait rien mangé depuis qu’il avait pêché ce thon gardé comme appât, et qu’il avait besoin de se nourrir. J’ai mangé le thon en entier, demain je mangerai le dauphin. Il l’appelait dorado. Peut-être que je devrais en manger un morceau quand je le viderai. Ce sera plus difficile à manger que la bonite. Mais ici rien n’est facile.
– Tu vas comment, le poisson, demanda-t-il à voix haute. Moi je me sens bien, ma main gauche va mieux, j’ai de quoi manger pour cette nuit et demain. Tire mon bateau, le poisson.
Il ne sentait pas si bien que cela, la douleur due à la corde en travers de son dos avait dépassé la simple douleur, était devenue un engourdissement dont il se méfiait. Mais j’ai traversé des choses bien pires, pensait-il. Ma main est seulement coupée et la crampe est partie de l’autre. Mes jambes vont bien. Et maintenant j’ai un avantage sur lui dans comment se nourrir.
(…) »
© Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer, traduction François Bon, publie.net, 2012.

12 juin 2011

appel du 15 juin à TOUS les blogs de .fr : hommages à Sébastien Bottin

Ça commence comme ça :

La petite rue Sébastien-Bottin, à Paris, sera rebaptisée le 15 juin rue Gaston Gallimard, en hommage au fondateur de la prestigieuse maison d’édition centenaire qui en occupe le numéro 5, non loin de la Seine, et a vu défiler depuis 1911 les plus illustres écrivains.

Le baptême de cette rue du 7e arrondissement de la capitale, nichée entre le pont Royal et le boulevard Saint-Germain, aura lieu le 15 juin, à 19H00, en présence du maire de Paris Bertrand Delanoë et d’Antoine Gallimard, petit-fils de Gaston et PDG aujourd’hui du plus grand éditeur indépendant français.

Une plaque sera aussi apposée sur la façade du siège de la maison d’édition.

Et c’est ainsi qu’on efface raye dissout celui qui fut statisticien, fonda la Société de l’Almanach du commerce en 1796, et publia ensuite le fameux annuaire, qui donnera le nom générique de bottin, qu’on le biffe d’un trait pour célébrer le règne de l’euro et du bénéfice sous prétexte de… maison d’édition (on se demande d’ailleurs pourquoi pas une rue Edouard Leclerc, une traverse FNAC, ou, tiens, puisqu’on n’en est pas à un paradoxe près, une avenue Virgin Mega Store ou Amazon ? — non, mieux encore, et certainement plus justifié : un boulevard Durex).

Ça commence donc comme ça, et ça laisse la porte ouverte à tout et n’importe quoi.

Ça finira donc comme ça :

appel à tous les blogs auteurs et éditeurs, à tous les blogueurs de France et de Navarre

le 15 juin

pour protester contre la disparition de sa rue : fendez-vous d’hommages fictifs ou réels à Sébastien Bottin

On en sera.

⎢la suite sous peu


22 mai 2011

[vient de paraître] Locked In Syndrome, (signé g@rp)

Chez Publie.net.
Dans la toute nouvelle collection e-styx. (dont la genèse est relatée ici)

Locked In Syndrome



Avant toute lecture, on ne saurait que trop conseiller de lire la présentation/boussole signée François Bon.

Have fun !
(on l'espère, et on compte sur vos retours, quels qu'ils soient).

La suite sous peu.

18 mars 2011

La suite sous peu. À force de le répéter, ça devait bien finir par arriver

On va faire court.

Parce que tout est dit là-bas.

Là-bas, c’est ⎢la suite sous peu

L’adresse en est on ne peut plus simple : trois w lasuitesouspeu point net

De quoi c'est-y donc que ça cause et pourquoi que ça le fait ?

On l’a dit tout est dit là-bas.

Cliquez un peu partout, vous comprendrez.


⎢la suite sous peu

27 décembre 2010

Les 13 meilleurs romans de l’année selon le Fric-Frac Club sont à découvrir ici :

Et si le barbu en rouge ne vous les a pas offerts, attendez la suite avant de foncer les échanger.

La suite sous peu.

21 juin 2010

Et Livre vain devint CosmoZ - Claro - Actes sud - 08/2010

Après les extraits coups de cœur de CosmoZ, glanés sur FaceBook, et postés ici-là en forme de faux scoop mais à l'attention de ceux qui ne sont/veulent pas réseausocialiser, voici une forme de, disons, collector.
Exhumé (c'est une habitude) de l'époque bénie qui me valut d'être maudit d'avoir copy/pasté un backfromoz point blogspot point com désormais emporté par un des trous noirs de l'espace numérique.
Certains s'en souviennent encore.
Ce qui va suivre date d'avril 2006 (sauf erreur).
CosmoZ n'était pas encore CosmoZ mais Livre vain.
En référence, si l'on peut dire, à Livre XIX, du même Claro, paru quelques années plus tôt.
En l'état actuel de ma boîte aux lettres, j'ignore si ce passage a subi des modifications dans ce qui sortira chez votre libraire préféré le 18 août prochain. Si quelqu'un, quelque part, de l'autre côté de l'arc-en-ciel, ceci dit sans gravité aucune, a le moyen de comparer, qu'il parle ou se taise à jamais.

Bien entendu, si cet extrait gêne, ce que je comprendrais aisément, je le retirerai sans aucun délai ni condition (quoique... boîte aux lettres... attendre le 18 août... -- non, je ne chantage pas, je plaisante).

Maintenant, attachez-vos ceintures, ça va décoller.
Et décoiffer.

Ça commence par un cyclone



Dans le cyclone, l’œil, et dans l’œil, rien, sinon des milliers d’autres cyclones tordus par le vent et par le vent chassés, de longs cônes de mousseline grise qui se déboîtent, se déhanchent et se crispent en saccades hip-hop, impossible de savoir quelle forme y prend le silence, à quel degré d’imposture ou de turbulence il s’y trouve porté, quels bruits y sont disséqués quels autres embaumés, impossible d’y déployer une pensée assez solide pour qu’elle ait le moindre espoir d’en réchapper : aucune, nous le savons, n’y résisterait, car la tempête se lève, sévit, et ses vents se liguent, formant un bulbe convoluté aussitôt étiré en entonnoir, la couche d’air froide patine et cahote sur la couche d’air chaud, obligeant celle-ci à s’ériger en colonne de disques furieux, articulés ; l’air a cessé d’être pure volition horizontale et façonne ses parois intérieures à coups de rotations, les convulsions s’inventent discipline et désastre – la tornade naît, elle se visse et se désosse sur elle-même avec volupté, singeant parfois l’immobilité à une vitesse de cinq cents kilomètres/heure, compressant heures et distances, s’avance et se recentre à force de dévorations, de régurgitations, la voici ventousée à la terre et dans le ciel couronnée de vide, il est trop tard, car j’ai bien peur, oui, j’ai bien peur que nous soyons de nouveau au Kansas, Toto.
Tant mieux (exit Toto), car c’est au Kansas que les tornades trouvent leur terrain d’expression le plus abouti, le plus pragmatique, dans cette région usée par l’entêtement des premiers colons et la résistance d’Indiens déchus. Alcool, fusils, concessions, trahisons : c’est un schéma depuis longtemps intégré. Fusant du sud de l’Etat puis traçant vers le nord selon d’invisibles lignes de rafales, les tornades profitent de l’aridité et de la sécheresse du terrain pour renoncer aux plaines craquelées du Nouveau-Mexique, inexorablement attirées par les Grands Lacs magnétiques.
C’est un fait : il n’a pas plu depuis trois jours et trois nuits. L’après-midi s’est attardée dans les fissures du sol et les ombres torves des arbres. Conditions idéales, chiens haletant sous les tracteurs, siestes pliées et repliées sur elles-mêmes, dans le drame d’un lit ou sur la balancelle d’un porche. Dans le champ de blé, l’épouvantail danse sans bouger, tous les téléviseurs sont soudain brutalement siphonnés de l’intérieur par un appel d’air, les ampoules cognent, clignent puis s’éteignent, les volets giflent en morse les bardeaux, la poussière hésite et sautille, très vite ça racle et grince, la lumière semble baisser par à-coups, comme la vue d’un mourant qui voit le soir écraser tout ce qu’il sait.
Tout là-bas, le nuage entame sa descente en une volte lente et de plus en plus grise, il enfle jusqu’à atteindre une épaisseur de cinquante pieds, aspire frénétiquement tout ce que sa trompe annelée peut rencontrer à la surface de la terre, puis recrache ce tout en un RIEN qui se disperse. (La tornade diffère du cyclone, comme autrefois l’émotion différait du sentiment, comme aujourd’hui le cauchemar se distingue du rêve. Plus concrètement, la colonne tornadique se tient perpendiculaire et procède par bonds et succions tandis que la cheminée cyclonique avance légèrement penchée, collée à la terre par sa base rotative. L’une danse, l’autre défile. L’une attaque, l’autre fuit. Mais il va sans dire qu’elles n’hésiteront pas échanger leurs caractéristiques à la moindre contrariété, fidèles en cela à l’extraordinaire susceptibilité de la Nature, laquelle est excitée à tout propos et en tout lieu par le facteur humain.) Tout ça progresse sur le tapis des conventions avec l’animosité contenue d’un aspirateur ayant renoncé à s’appeler Hoover. Monte la vache, saute la clôture, le vélo file entre les maïs et les écoliers épars tressautent à plus de vingt-quatre images par seconde dans le côlon mobile. Les bâtiments de ferme, les granges, les mangeoires, les reproductions de mangeoires peintes et suspendues sur les murs intérieurs des bâtiments de ferme, la masse rutilante des engins agricoles, les cailloux arrachés aux labyrinthes des semelles de bottes, les dents crachées dans la poussière, et même le cil déposé sur la pulpe de l’index puis laissé sur l’écorce de l’arbre : envolés, décuplés, dissociés. Tout cela forme tambouille puis monte en gerbe dans le col du cyclone qui brasse et redistribue, se livrant à d’interlopes accouplements, d’iniques collusions, et ce sans le moindre humour puisque nous sommes, rappelons-le, dans l’œil crevé qui n’a rien à voir mais tout à perdre.
La suite sous peu.