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16 juin 2009

Richard Powers - L'Ombre en fuite : faites le(s) mur(s) !

Fausto est loin d’avoir tort lorsqu'il écrit sur Tabula Rasa :






on a attiré mon attention, ces derniers jours, sur quelques posts de divers
blogs qui, selon moi, ne rendent pas justice au livre. Powers est un des grands
américains, un auteur difficile et "L'ombre en fuite" est probablement l'un de
ses textes les plus durs. Le succès français de "La chambre aux échos" et de "Le
temps où nous chantions" est mérité, réjouissant. J'ai tout de même l'impression qu'il a causé une erreur de perception qu'on est en train de payer aujourd'hui : l'image de Powers en France ne correspond pas à la réalité de son œuvre. C'est sans doute pour ça que l'attachée de presse du Cherche-midi a ciblé pour sa campagne des blogs qui ne me semblent pas les plus appropriés pour promouvoir un tel roman.






Deux erreurs qui ont en effet conduit Jean-Yves Pellegrin lui-même (le traducteur) à rectifier ce que je serais tenté de qualifier d’erreur de perspective, notamment par le commentaire suivant, posté sur un de ces blogs :





L'Ombre en fuite est le septième roman de Powers (paru donc juste avant Le Temps où nous chantions). Je ne pense pas que la différence de tonalité entre ces deux titres soit attribuable à une évolution de l'auteur, mais plutôt à la structure générale de l'œuvre qui se répartit de manière assez rigoureuse de part et d'autre d'une frontière tracée entre les titres pairs et les titres impairs. En ce sens, L'Ombre en fuite appartient à la "famille" des Trois Fermiers s'en vont au bal (n°1) et de La Chambre aux échos (n°9), textes dont l'écriture se veut plus expérimentale, là où les autres sont plus conventionnels. Je comprends que certains soient un peu rebutés par la langue technique de l'informatique (idiome natal de Powers, que l'on retrouve encore dans deux de ses plus grands romans), mais je ne crois pas qu'il faille s'arrêter à cet obstacle. D'abord, parce qu'il n'est pas vraiment utile de saisir les tenants et aboutissants des aspects techniques de la réalité virtuelle pour suivre le récit ; ensuite, parce que ce jargon opaque auquel nous nous heurtons est, dans le texte, l'analogue des murs auxquels se cognent les personnages. L'écriture dissout ce mur-là en transformant le langage aride de l'informatique en une langue poétique riche d'images insolites (pourvu qu'on ouvre les yeux et les oreilles), un espace d'invention artistique très voisin de celui de la Caverne. En ce sens, l'écriture accomplit le même tour de force que la mémoire et l'imagination de Taimur Martin : elle fait tomber des murs. Cette idée est à mettre en rapport avec l'usage abondant de la métaphore dans le roman. Ce trope est en effet l'outil principal d'un décloisonnement des catégories instaurées par le langage, premier artisan des murs qui nous emprisonnent. C'est en tout cas ainsi que j'ai compris le texte, et c'est dans ce sens que j'ai essayé de le traduire. Bonne lecture à tous. Vous verrez, à la fin, ça vaut vraiment le coup.











Ça le vaut, et c’est justement pour cela que l’on frémit à l’idée que si L’Ombre en fuite figure parmi les meilleures ventes de certaines librairies, il ne s’agit là que d’un reflet de « l’image Powers », consécutive au succès de ses trois premiers romans publiés dans l’hexagone. Croisons les doigts pour que L’Ombre en fuite n’ouvre pas une ligne de fuite (sic) que s’empresseraient de suivre trop de lecteurs déconcertés par le décalage entre la « réalité » du roman et « l’image » qu’ils avaient de l’œuvre de Powers ; il ne faudrait pas que le prochain en pâtisse.

Que reprochent-ils au roman ?
En substance : un début lent, des personnages flous (ont-ils pensé au flou artistique ?), des termes techniques (obscurs ?).
En apparence : c’est exact et c’est précisément, du moins à mon sens, ce qui fait mouche.
Le projet de réalité virtuelle que monte l’équipe de petits génies de l’informatique terrés au fin fond de la Caverne (rendre virtuellement réelles des œuvres d’art) se trouve dans une impasse (se heurte à un mur – voir le commentaire de Jean-Yves Pellegrin ci-dessus), une forme de paradoxe : ils savent/peuvent tout faire, sauf…dessiner. En d’autres termes : capables de tout recréer mais infoutus de créer. Ils tatonnent, piétinent, font appel à une artiste, progressent, changent de direction. Lentement. Pendant que la réalité, l’Histoire, elle, avance plus vite qu’eux (à ce sujet, voir aussi chez Fausto) – Histoire passant, entre autres, par la chute…du mur de Berlin.
Quant aux termes techniques, ils sont à prendre de la façon décrite par Jean-Yves Pellegrin – que je n’avais pas envisagée au cours de ma lecture, ceci pour deux raisons : certains d’entre eux m’étaient familiers et j’ai abordé les autres de la même façon que les mathématiques chez Pynchon – une petite musique de nuit.
Et à propos de musique, on retrouve dans L’Ombre en fuite les thèmes chers au Richard Powers que les francophones connaissent : photo, musique, histoire, temps, imagination (Or donc, à tous les rebutés : vous êtes ici en terrain connu), sans rien dire de la prose de Powers, proprement éblouissante, ni du soin apporté à la construction du récit…
Après tout, si.
On va en parler – même si, comme le note Fausto, il y a tant à dire – sans trop en dévoiler tant cela me parait constituer le point nodal du roman.
Enfermement : les programmeurs dans la Caverne, l’otage Taimur dans sa cellule, la maladie de Zimmerman, Van Gogh et sa chambre jaune.
Mais ce qui m’a le plus frappé – entre autres – ce sont les effets produits par de simples jeux typographiques (que l’on me pardonne si les termes ne sont pas exacts). Ainsi, les dialogues de l’équipe de la Caverne ne comportent aucun tiret, quel que soit celui qui parle : ils sont simplement en italiques. Il en résulte une impression de locuteurs omniscients dont les voix semblent perçues comme à travers un mur (comme quoi on y revient, ou on n’en sort pas), voire paraissent provenir de l’extérieur d’un caisson d’isolation sensoriel.
À l’opposé (encore que) le récit ayant trait à l’otage Taimur est abordé à la seconde personne du pluriel. Un « vous » plutôt qu’un « tu » - choix futé de Jean-Yves Pellegrin : opter pour le « tu » aurais peut-être trop confiné (sans jeu de mots) au « Noir » de Robert Coover : le lecteur devient le jouet d’une voix à laquelle il ne peut qu’obéir, qui lui décrit l’environnement dans lequel il se trouve, ses réactions.
L’effet est saisissant.
En résumé, et c’est d’ailleurs la réponse que j’ai donnée l’autre jour à quelqu’un qui me demandait ce que j’avais bien pu trouver à L’Ombre en fuite :
« la peinture, l’informatique, le réel et le virtuel, l’enfermement, la perméabilité des récits, quelques artifices typo pour les dialogues et l’usage du "vous" pour les parties de l’otage. Les magnifiques phrases de Powers, etc.»
Seul défaut à mon goût, le titre en français ; je lui préfère nettement l’original : Plowing the Dark.

Pour en terminer, il y a un point sur lequel je m’inscris en faux par rapport à Fausto :





« Sa lecture est une expérience exceptionnelle qui, pourtant, ne satisfait pas
autant que celle de « The echo maker ». Peut-être parce qu’il décrit ici un
monde fukuyamesque, inconnu de nous, vieux de près de vingt ans. »







Ce monde existe toujours, cher Chum of the Fric-Frac Club, un monde dans lequel la réalité rattrape la fiction.
Pour preuve :
La reconstitution (dont la laideur se passe de commentaire) du tableau La chambre à Arles de Van Gogh :






Et celle-ci, en VRML http://tecfa.unige.ch/staf/staf-j/claude/staf14/ex4/comment.html



La journée internationale des musées dans second life (mai 2008) http://www.be-virtual.ch/blog/?tag=second-life
ou the Tech Museum of Innovation : http://www.thetech.org/exhibits/

Et, plus récent et plus incroyable en matière de coïncidence :

http://www.picasso-aix2009.fr/parcours_multimedia.asp
Picasso. Métamorphoses. (5 janvier - 15 décembre 2009), parcours virtuel dans l'œuvre de Picasso
Un parcours virtuel visant à rendre l'œuvre de Picasso accessible à tous les publics sera mis en place du 5 janvier au 15 décembre 2009 sur les 400m² d’espaces du sous-sol du musée Granet. Intitulé Picasso. Métamorphoses., ce parcours interactif, à la fois didactique et ludique, permettra de donner des clés de lecture sur le processus de création de Picasso et sur l’influence exercée par Cézanne. Piloté par le musée, ce cheminement dans la vie et l'œuvre du peintre accueillera le public (scolaire ou « grand public ») en amont, pendant et après l’exposition.
Une vie passée à se réinventer...
Le parcours débute par une promenade dans une forêt de tiges interactives qui rythment les différentes années de la vie artistique de Picasso. Les projections d'œuvres témoignent de la profusion et de la diversité incroyable de sa production. Comment Picasso s’est engouffré dans la brèche ouverte par Cézanne… Des dispositifs multimédias mettent ensuite en scène les rapports entre les œuvres des deux artistes, et ce que Picasso doit à Cézanne, dans l’invention d’un nouvel espace-temps.
L’art de la métamorphose
Entrant dans l’espace des métamorphoses, le visiteur voit son image capturée et décomposée jusqu’à l’épure. Différents salons permettent de mieux saisir les lignes de force de la démarche de Picasso, sa façon de partir du réel pour le distordre, en changer à la fois la forme et le sens.

La suite sous peu.

2 mars 2009

En vrac & en bref mais à ne pas manquer

Il y a des jours, comme ça, où tout semble arriver en même temps.
Ou presque.
Ainsi donc, today :

1/ l'ami (Chef) Fausto met un foot dans la Zone in The Quaterly Conversation [et ça le fait !]





2/ Conversational Reading buzze un article du New Yorker annonçant la parution posthume de Pale King de David Foster Wallace [dire qu'ici on attend toujours la traduction d'Infinite Jest...] Un extrait ici.




3/ peu de temps après un papier sur La fin du monde de Fabrice Colin, voilà-t-y pas que le même répond à vos questions en direct live sur le forum d'ActuSf ! [attention, ça ne dure que jusqu'au 4 mars : donc, à fond les manettes !]




4/ quinzième fois au moins que je recommence un fichufoutu papier sur Autres électricités, de Ander Monson.
Parce que ça :

ressemblerait, tout compte fait, après lecture de ces nouvelles qui n'en sont pas sans être un roman, peut-être bien à ça :




Parce que ça, aussi :
Trouve un nom ton nom le nom de ta mère ton nom de famille sur la liste des épitaphes radio dans les manuels ou sur Internet. Branche-toi sur cette conversation. Connecte ton combiné à la boîte de raccordement et intègre-toi à une famille. Ecouter les gens à leur insu te permet d'intégrer une réalité, c'est toujours ainsi. Ecoute la façon dont ils parlent - s'ils parlent en anglais ou en français, ta langue de coeur. Ecoute chaque fois qu'ils mentionnent une absence de bras ou la perte.
[...]
Prends tout ce que tu entends. Une seule chose : ne parle pas ou ils sauront que tu es là. Laisse la tonalité te guider dans les profondeurs du terrier de lapin, et caetera.


Et parce que ça aussi.

Donc, on y arrivera.
Parce qu'on ne peut pas, ne doit pas taire ce...putain de sacré bouquin !

La suite sous peu.

14 février 2009

Consider The Lobster, Das Kapital, Autres Electricités & coïncidences

Le petit marché du mois apporte son lot de coïncidences.
Encore des coïncidences ?
Toujours.
Hop ! Démonstration.
Par l'image.
David Foster Wallace : Consider The Lobster.
Cet enchevêtrement de notes de haut/bas/milieu de page ne manque pas de rappeler une certaine Maison des feuilles -- séquence souvenir [ON]

Et justement, nom d'un Mark Z Danielewski, ne serait-ce pas un...Z. que l'on aperçoit, là, au-dessus ?
On se calme, on tourne quelques pages et * paf *

Un Kaléidoscope.
Pour se calmer davantage, on attrape Das Kapital, de Viken Berberian, translaté by Claro.

On lit la 4e de couv (tiens ? Marseille ?) on feuillette et là : Malmousk (p.182).
Pardon ?
Si si : Malmousk, bel et bien cité comme quartier de Marseille.
Sauf que Malmousk s'écrit en réalité Malmousque, par chez nous (ce qui est somme toute normal puisqu'on prononce toutes les lettres). On ignore si cela est écrit pareil dans la VO ou pas, mais l'on suppose que oui.
Bien fait ! Ça lui apprendra, au héros de Das Kapital, à avaler quelques escargots (p.75) !
Mais on ne lui en veut pas parce qu'en feuilletant encore, on tombera sur un nouveau Kaléidoscope...et un chat de Schrodinger qui rappellera aussi une certaine Maison des feuilles à certains demeurés [salut les Chums !] -- séquence souvenir [/OF]
Donc : pardonné.
Enfin, un petit dernier pour la route : Autres Electricités de Ander Monson.

Qui a l'air suffisamment barré pour en baver d'avance.
Surtout quand on tombe sur ça :

Et là, on pense en souriant à un certain Manu, PDG de H.A.N.T.E Inc. [Hello, Partner !] dont le chapitre IX...comporte la même chose ou presque.

A présent, il ne reste plus qu'à lire tout ça.
Oui, mais quand ?


La suite sous peu.



23 avril 2008

Echoïncidence

De retour de la librairie, effeuillage...
Un sacré écho, tout de même.
Les photos ci-dessous ont été réalisées sans trucage.







Echoïncidence ?
Vous avez les mêmes ? deux jaquettes ?

Ah ! Et puis pendant qu'on y est, les baleines blanches de la déclaration d'intention du LOT49, disparues dans la Tourmaline, réapparaissent dans la chambre.
La suite sous peu.


17 avril 2008

SCOOP : le 17 avril, c'est à partir d'aujourd'hui !


Dépêche de dernière minute. Minute. Minute.


Le 17 avril c'est aujourd'hui oui oui oui.


Donc... Donc... Donc...


Dès le 17 avril, qui, me souffle-t-on dans l'oreillette, tombe aujourd'hui oui oui oui :

Il y a de l'écho chez Fausto.


Et je peste rage, parce que le libraire le plus proche est en vacances... ce que je n'avais pas remarqué ce matin !


(bon, Moolz, c'est bon, là ? On comprend bien que c'est à partir d'aujourd'hui ?)


La suite sous peu.

16 avril 2008

SCOOP : le 17 avril, c'est demain

Dépèche de dernière minute. Minute. Minute.

Le 17 avril c'est demain. Demain. Demain.

Donc... Donc... Donc...

Dès le 17 avril, qui, me souffle-t-on dans l'oreillette, tombe demain demain demain demain :





Il va y avoir de l'écho écho écho.
(bon, Moolz, c'est bon, là ? On comprend bien que c'est demain ?)

La suite sous peu.

10 avril 2008

Merci belle-maman !

On va revenir sur La chambre aux échos.
Souvenez-vous, nous avions le choix (en ligne) entre ça :
Et ça :
Or, hier soir, ma belle-mère, qui n'ignore rien - quoi que - de mes lubies, m'a apporté le dernier numéro de Lire (belle-maman ne sait pas qu'on le trouve par bribes sur la Toile, passons, c'est l'intention qui compte)
Poli, façon gendre-Michel-Drucker, j'ai remercié.
Puis lu.
Jusqu'à tomber sur l'article consacré à Richard Powers, et à l'extrait - rituel dans ce magazine - de La chambre aux échos.
Et là : * shazam *
On a droit à ça :Incredible but true !
Perso, en dingue des collector, je prendrais volontiers...les trois.
En tout cas, selon Lire, sortie annoncée pour le 17 avril.

La suite sous peu.

3 avril 2008

Pas en ligne...

...on ne le répètera jamais assez.
Pourquoi ?
Parce que :
Amazon minimalise :
Même si La chambre aux échos y est annoncé comme "disponible", notez bien que la livraison est "habituellement (?) effectuée sous 7 à 11 jours".
Et puis, si l'on se fie à la photo, vous n'allez tout de même pas payer ce que certains reçoivent à l'œil, non ?
Du côté de l'autre, c'est un peu moins pire :Outre la couv, on en apprend - toutes proportions gardées - un peu plus :

Mot de l'éditeur sur "La chambre aux échos" de Richard Powers

Par une nuit d'hiver sur une petite route du Nebraska, Mark Schluter, vingt-sept ans, est victime d'un grave accident de voiture. Sa soeur aînée, Karin, revient dans sa ville natale pour être à son chevet. Mais lorsque Mark sort du coma, il semble ne plus la reconnaître. Karin fait alors appel à Gérald Weber, un célèbre neurologue, spécialiste des troubles singuliers du cerveau. Celui-ci identifie le mal dont souffre Mark : le syndrome de Capgras. Le jeune homme reconnaît sa soeur mais n'ayant plus accès aux émotions qu'il éprouve pour elle, il est persuadé que quelqu'un a engagé un sosie, une jeune femme qui parle et agit comme sa soeur. En approfondissant l'étrange fonctionnement du cerveau de Mark, toutes les certitudes et le sens de l'identité de Weber, qui traverse une grave crise personnelle, vont peu à peu vaciller. À son tour, il va s'interroger sur ses croyances, les nécessaires illusions qui nous font vivre.

Alors que Weber remet toute son existence en question, Mark essaye de reconstituer peu à peu ce qui s'est passé la fameuse nuit de son inexplicable accident, et d'identifier le témoin anonyme qui lui a sauvé la vie avant de disparaître en laissant une étrange note. Ce qu'il va découvrir changera à jamais sa vie, celle de sa soeur et celle de Weber.
Avec La Chambre aux échos, Richard Powers réussit le tour de force de nous donner un roman qui aborde la question de l'identité et de la condition humaine, sans jamais se départir d'un remarquable sens du récit et de l'intrigue. On peut aussi y lire, en creux, un éloge des fictions que fabrique en permanence notre esprit pour emprisonner une réalité, par nature insaisissable, ainsi qu'une métaphore géniale de l'Amérique qui, depuis le traumatisme du 11 Septembre 2001, semble également avoir perdu tous ses repères.

Fiche détaillée : "La chambre aux échos" de Richard Powers

Auteur Richard Powers
Editeur Le Cherche-Midi
Date de parution avril 2008
Collection Lot 49
ISBN 274910937X
Illustration Pas d'illustrations


Mais il y a... comme un défaut pour qui souhaite savoir quand sortira le roman.
Donc, on ne le dira jamais assez : allez-chez-votre-libraire !

En passant, on signalera que le site du Cherche-midi a refait la déco.

La suite sous peu.

27 mars 2008

L'eusses-tu cru ?

La lecture est un processus pour le moins curieux.

En pleine préface pynchonienne du Stone Junction de Jim Dodge, au Lot49 : brusque arrêt sur coquille.

L’eusses-tu cru ?

On va encore me traiter de malade, mais que voulez-vous, les yeux sont ce qu’ils sont et ainsi font ce qu’ils font – les petites mirettes. Bref, une centaine de pages plus tard – on aura l’occasion d’en parler ici ou là, une fois le roman terminé – un petit paquet de coquillettes était prêt pour la cuisson, comme au bon vieux temps de La Maison. Et de O Révolutions (dont une liste reste à poster, je n’oublie pas).

Voici donc ce que les yeux ont relevé sans chercher :

p.11 : qu’on ne saurait exercer à légère

p.21 : ses quartiers ne pouvaient pas être considérés comme luxueusement aménagée

p.27 : cet après-midi là…p.28 : par une fraîche après-midi (ah ! flute ! masculin ? féminin ? hermaphrodite ?)

p.88 : Quand il se retourna pour la regarder, il y avait les larmes aux yeux ( ?)

Oui.

Trois fois rien.

Mais aussi :

Quatrième de couv : Thomas Pynchon note dans sa préface « "Lire Stone Junction, c'est participer à une fête ininterrompue en l'honneur de tout ce qui compte". »

On aura beau relire trois fois la préface de TP (avec plaisir, au demeurant) : aucune trace de la phrase plus haut entreguillemettée.

Et puis, le meilleur pour la fin, qui n’est pas sans rappeler la chasse aux coquilles ouverte pendant une saison de La Maison des feuilles :

p.57 : Gerard von Trakl…

p.57 (deux lignes plus bas) : von Trackl

p.58 : von Trakl…puis Trackl.

Qui redevient, p.59 et 89 : Trakl

N’allez pas en tirer de conclusions hâtives : Stone Junction est tout sauf à fuir.

C’est juste que Lot49 ne nous avait pas habitué à ça…mais surtout, surtout, que je suis un grand malade.

On vous avait prévenu.

La suite sous peu.

30 décembre 2007

De l'importance du trois, pour Claro

Culture Café a déballé ses urnes (aucune contrepèterie dans cette phrase - je préfère prévenir).
Les lecteurs de ce blog ont lu, avant de devenir électeurs. Et d'élire.
Résultat en images de leur Top 15 pour l'année 2007 :



Qu'y trouve-t-on ?
2.
4.
11.
Trois Claro, rien que ça.
Ce qui confirme, si besoin était, non seulement la qualité des choix du bonhomme, mais aussi de ses traductions.
J'appelle ça finir l'année en beauté, Traduttore.
La suite sous peu (a few my nephew)

14 mai 2007

Une fugue (ou les Dernières Nouvelles d'Alsace #5)

Librairie Le Libr'air - Obernai - 4 mai 2007 - time code (j'ai entendu ça l'autre soir dans Les Experts-mais-je-sais-plus-lesquels : ça en jette, non ?) +/- 19:00

Claro attaque la lecture d'un passage de Le Tunnel, de William H. Gass, pour illustrer la musicalité de la langue.
Du coin de l'oeil, j'aperçois quelques sourires amusés [façon : ben voyons, on va te croire !]
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le passage en question : pour l'apprécier à sa juste valeur, et donc en comprendre le titre - Une fugue - , il convient de le lire à voix haute. Vous comprendrez alors que pendant et après la lecture, les sourires béaient.
Face à la superbe trad de Claro, qui s'est empressé d'ajouter : "il faut le lire en VO, ça rend encore mieux..."
Non seulement le bougre est doué, mais il est aussi modeste.
Je vous le dis comme je le pense et comme je l'ai perçu : c'est quelqu'un de rare.
Musique, maestro :

Mon père ne voulait pas que j’aie un chien. Un chien ? On n’a pas besoin de chien. Ma mère avait fait du chien du voisin son copain, le soûlant avec le gin qu’elle versait sur les restes du repas. Va le nourrir ailleurs, disait mon père. On n’a pas besoin de chien. Mon père ne voulait pas que j’aie un chien. Le chien du voisin – ce sale clebs – il chie dans les plates-bandes. On n’a pas besoin de crottes de chien. Va au moins le nourrir ailleurs, disait mon père. Ma mère donnait du goût aux restes du repas pour son copain, le chien du voisin – ce sale clebs – en versant du gin dessus. Tu soûles ce clebs, disait mon père, mais laisse tomber, on n’a pas besoin de ce clebs. Ma mère trouvait tout meilleur une fois relevé d’une dose de gin. Ainsi ma mère fit du clebs du voisin son copain, et rendit fou papa qui ne voulait pas que j’aie un chien. Il disait toujours qu’on n’en avait pas besoin ; un chien ça chie sur les tapis, ça pose ses sales pattes sur les jambes des invités, ça aboie quand ça voit un chat ou quand quelqu’un passe la porte. Un chien ? On n’a pas besoin de chien. On n’a pas besoin de poils partout sur le canapé, de bols sales aux quatre coins de la cuisine, d’habits qui puent le chenil. Mais ma mère fit quand même du chien du voisin son copain en le soûlant avec le gin qu’elle versait sur les restes du repas comme si elle baptisait des reliques. Va au moins le nourrir ailleurs, disait mon père. Mon père ne voulait pas que j’aie de copain. Et qui c’est qui devra le sortir ce chien, hein, disait-il. C’est moi. Et quand il neigera ou qu’il pleuvra, qui c’est qui attendra au coin du terrain vague dans le vent et le froid, attendra que ce foutu clebs fasse ses petites affaires ? Pas toi, mon Billy. Bon sang, on ne peut même pas compter sur toi pour rentrer les poubelles ou tondre la pelouse. Pas de chien, donc. On n’a pas besoin de clebs ; on n’a pas besoin de crottes de chien dans les plates-bandes, de poils partout, de puces ; on a besoin que la cour soit ratissée, comme je l’ai dit ce matin. Pas d’un chien à la con. Pas de clebs pour ta mère, non plus, même si elle essaie de m’avoir en le nourrissant dès que j’ai le dos tourné, dès que je suis parti gagner l’argent de son gin pour que ce corniaud vienne lâcher sa chiasse sur les graines qu’on sème ; elle devrait au moins le nourrir ailleurs ; il traîne toujours dans le coin ; un bout de ficelle par terre ou un chiffon sur la table, est-ce que ça doit toujours traîner dans le coin ? Non. Des poils partout, des puces, des pattes sales et sa pâtée dès qu’il aboie, en plus ça pue : on n’a pas besoin d’un chien. Imagine qu’il morde le facteur : c’est à toi qu’on fera un procès ? Non. C’est moi qui attendrai au coin du terrain vague sous la pluie, sous la neige, dans le vent et le froid, qui attendrai que le chien ait fini ses sales petites affaires, aussi c’est à moi qu’on fera un procès. Pas à toi. Bon sang, on peut même pas compter sur toi pour tailler la haie. Tu sais : clic-clac. Pas de chien, donc, disait mon père. Mais nous avions quand même un chien. Ou plutôt, ma mère fit du chien des voisins son copain, et ne voulut pas qu’il soit le mien, non plus, parce qu’il la suivait partout – ouaf ouarf – pour laper son gin et flairer son pain bouffi de graisse. Aussi avions-nous un chien chez nous, même s’il ne faisait que passer, il posait sa tête blanche sur les genoux de ma mère et geignait, et mon père abaissait son journal et disait merde ! et je sortais de chez moi sans penser à tondre ou ratisser la pelouse, tailler la haie ou sortir les poubelles. Mon père ne voulait pas que j’aie un chien. Un chien ? On n’a pas besoin de chien, disait-il. Alors pas question que je trime pour rien.

- William H. Gass – Le Tunnel – traduit par Claro – le cherche midi – LOT49 – mars 2007.


Alors ? Heureux ?



La suite sous peu.

13 mai 2007

Oh merde ! (ou les Dernières Nouvelles d'Alsace #4)

Je viens de réaliser avec horreur que, malgré la demande de Claro, j'ai non seulement oublié de lui dédicacer Kaléidoscope, mais pas osé de lui demander de me dédicacer Insula Batavorum et Eloge de la vache folle ! (sans parler de Bunker Anatomie, de Chair électrique, ni de Black Box Beatles, ni de Le Tunnel, que j'avais pourtant dans mon sac...)
J'espère que mes deux compères n'auront pas autant eu la tête en l'air. :-/

14 avril 2007

Incroyable mais vrai ! J'y serai !

Où ça ?
Mais ici :

Les Librairies Le Libr'air, Totem et L'Usage du monde ont le plaisir de vous inviter à rencontrer, dans leurs librairies respectives les 4 et 5 mai 2007 :

Claro

  • Vendredi 4 mai de 18h30 à 20h00 : au premier étage de la Librairie le Libr'air

    14 rue Dietrich 67210 Obernai - 03 88 95 04 30

  • Samedi 5 mai de 10h30 à 12h00 : à la Librairie Totem

    36 rue Principale 67300 Schiltigheim - 03 88 81 09 27

  • Samedi 5 mai à partir de 14h30 (sous réserve) : à la Librairie L'Usage du Monde

    40 route d'Oberhausbergen 67200 Strasbourg - Cronenbourg - 03 88 27 33 32


Rencontres avec l'écrivain et traducteur Claro, conversations autour de son dernier livre, Black Box Beatles, et de son important travail de traducteur et de passeur de littérature de langue anglaise, lectures.


Entrée libre, réservation conseillée.




Claro a traduit et publié Le Tunnel de William H. Gass en mars 2007. Evènement éditorial d'importance, Le Tunnel, roman monumental paru en 1995 aux Etats-Unis, est traduit pour la première fois dans une langue étrangère.

Né en 1962, Christophe Claro a publié une dizaine de fictions, dont Livre XIX (1997) et Chair électrique (2003) aux Editions Verticales. Son dernier livre paru en mars 2007 chez Naïve, Black Box Beatles, est un hommage aux Beatles, à la forme totalement débridée et à l'écriture ciselée et inventive.
« ...combinant SF, lyrisme et manuel du parfait Beatlesmaniac, Claro embarque le lecteur dans un tourbillon psychédélique jubilatoire à la démesure de son sujet. »


Claro est également traducteur de grands auteurs de langue anglaise comme :

  • Salman Rushdie (Furie, Shalimar le clown)
  • Thomas Pynchon (Mason & Dixon)
  • William T. Vollmann (Les Fusils, La Famille Royale, Des putes pour Gloria, Treize récits et treize épitaphes)
  • Mark Z. Danielewski (La Maison des Feuilles, Les Lettres de Pelafina)
  • William Gaddis (Agonie d'Agape)
  • James Flint (Habitus)
  • Hubert Selby Jr. (Waiting Period)
  • Denis Cooper (Guide, Frisk, Try)...

Il est aussi directeur de la collection de fictions américaines "Lot49" aux éditions Le Cherche Midi où ont été publiés entre autres titres :

  • William H. Gass (Le Tunnel)
  • Ben Marcus (Le Silence selon Jane Dark)
  • Richard Powers (Trois fermiers s'en vont au bal, Le Temps où nous chantions)
  • Brian Evenson (Inversion, Contagion)...

Site de l'éditeur : http://www.cherche-midi.com/FR/catalogue/collec.asp?CatId=38


Claro a aussi traduit

récement Calcutta,

le roman graphique

de l'indien Sarnath

Banerjee publié

en mars 2007

aux éditions Denoël

Graphic.

Une bande dessinée

à découvrir, par un

auteur prometteur,

considéré comme

l'auteur du premier

roman graphique indien,

empruntant autant

à la BD européenne

qu'aux comics américains

ou aux mangas.

Claro nous entretiendra des enjeux de la traduction, de son rapport à l'écriture, de sa passion pour la littérature américaine et de l'aventure éditoriale du Tunnel.
Des extraits de Black Box Beatles et Le Tunnel seront lus au cours de la rencontre.

Pour se mettre l'eau à la bouche, voici une sélection de pages web que vous pouvez visiter pour découvrir le travail d'écrivain et de traducteur de Claro :

Bien entendu, compte rendu en mots & photos prévu ici même...entre autres !